C’est l’histoire emblématique d’une entreprise valaisanne championne des machines à fabriquer les tubes pour le dentifrice et les cosmétiques. Jusqu’à récemment, l’objectif était d’augmenter sans cesse les cadences de production. Désormais, le directeur d’Aisa, Hugues-Vincent Roy, vise d’abord la flexibilité et l’autoréglage de ses équipements. Un système de machine learning développé avec l’Institut de recherche Idiap de Martigny (VS) permet de passer d’un type de tube à un autre en quelques minutes. Vive l’intelligence artificielle!

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Pour un nombre croissant d’entreprises suisses comme Aisa, ce qu’on appelle la 4e révolution industrielle est désormais une réalité tangible. Et c’est le mérite du livre Industrie 4.0 – The Shapers (Ed. Georg), piloté par Xavier Comtesse, le fondateur du premier consulat scientifique Swissnex à Boston, que de l’illustrer en une vingtaine d’exemples bien choisis.

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A la fois portrait de groupe et ouvrage d’analyse, ce livre met en exergue quelques-unes des tendances technologiques et économiques qui sont le moteur de cette révolution. Il est le fruit d’un travail collectif assez unique amorcé par la Chambre du commerce et de l’industrie de Neuchâtel et son directeur, Florian Németi. Une réflexion menée au sein du groupe Manufacture Thinking, fort désormais d’une trentaine de personnalités romandes.

Maintien d’un tissu industriel à forte valeur ajoutée

Avec Apco Technologies, active dans le spatial et basée à Aigle (VD), on comprend comment la numérisation des usines permet de maintenir en Suisse un tissu industriel qui ne se réduise pas à des activités de recherche et de développement. La première leçon à retenir de ce livre, donc: les nouvelles technologies fondées sur les données et l’intelligence artificielle vont entraîner des disparitions d’emplois et la transformation de bon nombre de métiers. Elles contribueront aussi à la création de nouveaux jobs et au maintien d’un secteur industriel à forte valeur ajoutée, condition de la prospérité suisse.

Fruit d’un investissement de 500 millions de francs, la nouvelle usine de Novartis à Stein (AG) – qui emploie 2000 collaborateurs – pèse, elle, près de 10% des exportations suisses en valeur. Un chiffre hallucinant qui montre le bénéfice qu’il y a à maintenir en Suisse des activités en principe menacées de délocalisation. Voilà pour la grande industrie.

Autre exemple, à l’autre bout du spectre, les imprimantes 3D et ce qu’on appelle l’additive manufacturing. C’est l’émergence d’une nouvelle forme d’artisanat qui correspond bien à l’époque. Comme l’expliquent les auteurs du livre, on tendra de plus en plus à «imprimer» les produits près de leur lieu de consommation, plutôt que d’aller les faire fabriquer en Chine. Fini l’ère du bricolage, on est passé à des machines qui permettent désormais d’imprimer avec des métaux. Comme le fait l’entreprise 3D Precision, à Delémont.

Des frontières qui se brouillent

De manière générale, les frontières se brouillent entre les secteurs secondaire et tertiaire. Prenez l’internet des objets. Depuis quelques années, cette technologie est presque indissociable d’une économie connectée et toujours plus efficace dans l’utilisation des matières premières et de l’énergie. On assiste ainsi au développement de la maintenance prédictive et de l’industrie comme service («industry as a service»).

Cette transformation a lieu ici et maintenant, même si nous n’en sommes pas forcément conscients. Avec un pourcentage record de leur produit intérieur brut dans ces nouvelles industries, la Suisse et l’Allemagne font plutôt figure de pionniers. «Inutile d’aller dans la Silicon Valley pour assister au développement de l’industrie 4.0. On trouve dans notre région de nombreuses PME et start-up à fortes capacités d’innovation», souligne à juste titre Claudine Amstein, la directrice de la Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie. Ce qui manque à la Suisse, c’est une vue d’ensemble et une politique d’accompagnement à la mesure de cette transformation historique.

Où est le Monsieur 4.0 ou la Madame 4.0 de la Confédération? s’interroge Hugo van Buel, le patron de Cla-Val. Cette entreprise vaudoise a fourni la vanne qui contrôle la pression du jet d’eau de Genève, elle a participé à la construction du plus haut gratte-ciel du monde à Dubaï et elle ambitionne d’être à la pointe dans la construction des villes dites «intelligentes». Le discours si typiquement helvétique sur les conditions-cadres ne lui suffit plus. Comme tant d’autres industriels, le patron de Cla-Val mérite d’être écouté.