«Le défi: trouver le juste équilibre»

Le Temps: Quel est votre rôle, face au conflit d’intérêts entre producteurs d’électricité et défenseurs du Doubs?

Franz Schnider: Nous sommes l’autorité concédante. Nous travaillons d’entente avec les cantons de Neuchâtel et du Jura, et les partenaires français. Nous devons tenir compte de l’impératif de sécurité de l’approvisionnement électrique. Cette exigence génère parfois des conflits d’intérêts avec les protecteurs de l’environnement. Le Doubs montre que nous nous mettons à table, cherchons et trouvons des solutions.

– Les milieux qui se plaignent de la dégradation du Doubs vous reprochent une certaine passivité…

– Ce n’est pas mon impression. La situation du Doubs est complexe. On ne connaît pas avec précision les origines des dysfonctionnements. Les éclusées ont un impact, les micropolluants aussi. Nous devons mener des études et des tests pour aboutir à des actions efficaces. L’urgence n’est pas forcément bonne conseillère.

– La multiplication des acteurs autour du Doubs complique-t-elle la situation?

– Absolument. Raison pour laquelle nous avons structuré les discussions au sein de deux groupes de travail: l’un s’occupe des débits, l’autre de la qualité de l’eau. Les concessions accordées aux exploitants des barrages admettent des droits acquis. Entre la Suisse et la France, les législations ne sont pas les mêmes. La négociation consiste à trouver des compromis. La démarche est positive.

– Le conflit d’intérêts du Dou bs est-il emblématique de situations qui vont se multiplier avec les besoins en énergies renouvelables?

– Dès que l’activité humaine empiète sur l’espace naturel, il y a source de conflits. Le Doubs n’est pas un cas isolé. Sa situation est emblématique des nouvelles exigences formulées par la stratégie énergétique 2050 et l’abandon du nucléaire. Nous devons déterminer des périmètres où il est possible de produire de l’énergie et d’autres où c’est exclu, adapter les technologies aux sites retenus. Il s’agit d’être créatif.

– Peut-on produire de l’électricité sur tous les cours d’eau, même ceux qui ont «un écosystème particulièrement remarquable»? Certains sont-ils intouchables?

– Je n’ai pas entendu qui que ce soit demander d’exclure la production d’électricité sur le Doubs. L’important, c’est de concilier cette dernière avec la protection d’un écosystème fragile. A l’Office fédéral de l’énergie, nous sommes aussi conscients des richesses naturelles du Doubs. Le défi: trouver ensemble, avec les partenaires, le juste équilibre. Je préfère cette méthode aux diktats.