Les délégués du Parti républicain se sont livrés mardi soir à un exercice quasi surréaliste. Il y a quatre ans, ces mêmes délégués accueillaient George Bush en triomphateur, en héros. C'étaient des temps de guerre, contre le terrorisme, contre les ennemis en Irak, contre le Parti démocrate. Les républicains étaient prêts à partir au front comme un seul homme. Mais, aujourd'hui, les membres du Grand Vieux Parti sont d'abord en guerre contre eux-mêmes. Une guerre douloureuse, un peu triste, qui manque singulièrement de héros.

La vedette de la convention de Saint-Paul sera sans aucun doute la candidate à la vice-présidence, Sarah Palin. Tout le monde attend avec une énorme curiosité de voir comment elle fera le grand saut sur la scène internationale. Comment elle évitera de trébucher, elle qui n'a encore fait ses preuves que dans sa petite ville de l'Alaska. Mais, mardi, ce n'était pas encore son tour. Presque en catimini, hors du créneau de grande écoute des chaînes de télévision, George Bush a fini par prendre la parole. Une retransmission par vidéo: officiellement, le président est toujours retenu à Washington pour gérer les conséquences de la tempête Gustav.

George Bush soutient le candidat John McCain, même si l'inverse n'est pas forcément vrai. Il a salué le courage et la ténacité du futur nominé républicain. Si ses geôliers n'ont pas réussi à briser sa détermination lorsqu'ils le torturaient au Vietnam, s'est-il exclamé sur le ton de la récitation, «la gauche hargneuse n'y arrivera jamais.»

Le renégat Joe Lieberman

Une future vice-présidente que l'on cache jusqu'au dernier moment (pour lui délivrer un cours express de relations internationales?), un président en exercice trop encombrant pour occuper trop longtemps la scène (son intervention a duré 8 minutes)... Le rôle de protagoniste était joué mardi par le sénateur Joe Lieberman, cet ami proche de John McCain qui, il y a huit ans, devait offrir la Maison-Blanche aux... démocrates, en figurant sur le ticket d'Al Gore.

Les républicains, privés jusqu'ici de leur convention à cause de Gustav, n'avaient d'autre choix que de jouer l'enthousiasme devant le «renégat» démocrate. Mais certains ont sans doute fait le poing dans la poche en l'entendant: le duo McCain-Palin est le ticket du «vrai changement», a soutenu le sénateur, en tentant de ravir le slogan aux démocrates, mais en sous-entendant ainsi combien ce changement était nécessaire par rapport à l'administration républicaine actuelle.

Plus explicite encore: s'adressant directement aux électeurs démocrates indécis et aux indépendants, le sénateur disait comprendre leur «frustration» vis-à-vis de la politique menée par George Bush. Mais il les rassurait: «McCain va nettoyer Washington. Il va faire en sorte que le gouvernement fonctionne à nouveau pour l'ensemble des Américains.» Puis, provoquant les applaudissements des délégués, dont les sondages prouvent qu'ils soutiennent pourtant très majoritairement le président actuel: «John McCain sera un président en qui nos alliés auront confiance et qui sera craint par nos ennemis.»

Dans la tribune d'honneur, l'ancien président George Bush senior et sa femme Barbara écoutaient impassibles cet éloge du candidat McCain qui ressemblait fort à un acte d'accusation contre leur fils. A l'entrée, pour donner une perspective historique à la Convention, un écran géant saluait les réalisations passées des personnalités républicaines. George Bush senior a pu s'y voir, aux côtés de Ronald Reagan. Mais de George W. Bush, pas la moindre trace. Comme si ses huit ans de présidence étaient déjà oubliés.