Le Temps: Fernand Cuche, en terminant onzième du premier tour de l’élection au Conseil d’Etat, n’avez-vous pas encaissé un carton rouge? Qu’est-ce qui légitime votre présence au second tour?

Fernand Cuche: Les états-majors des partis de gauche, après avoir longuement discuté, ont décidé de présenter au second tour deux socialistes et ma candidature. C’est vrai que mon résultat du 5 avril n’est pas bon. Je le considère comme un sérieux avertissement. Même si, à l’analyse, en considérant que chacun a voté pour sa liste, il représente la force des Verts, même un peu mieux. Je n’ai pas ressenti que le peuple voulait expulser Cuche. Mes précédents résultats étaient décalés. Et, au sein des partis SolidaritéS-POP-Verts, qui se sont renforcés, je suis le mieux placé. Les stratèges ont choisi de me repêcher, pour maintenir la majorité de gauche au Conseil d’Etat.

– Philippe Gnaegi, vous êtes cinquième du premier tour, mais troisième de la liste libérale-radicale, un parti qui pèse 32%. N’auriez-vous pas dû vous désister?

Philippe Gnaegi: Le vote, dès le premier tour et qui plus est au système majoritaire, a été un choix de personnalités. Evoquer la force du parti entre dans une logique de proportionnelle. Je m’étonne qu’on s’interroge sur la légitimité du cinquième du premier tour à être au second, alors qu’à gauche, on va repêcher le onzième! Le conseiller d’Etat PLR Roland Debély, septième le 5 avril et à qui je rends hommage, en a tiré les conséquences et s’est retiré.

– L’un de vous, au moins, sera élu le 26 avril. Dans la mesure où vous êtes les moins bien classés de vos listes respectives au premier tour, serez-vous le maillon faible du gouvernement?

Ph. G.: J’ai terminé cinquième du premier tour. C’est un excellent score. Quel que soit l’élu, il sera conseiller d’Etat et à ce titre, devra travailler avec ses collègues. Je ne vois pas, a priori, qu’on puisse taxer qui que ce soit de maillon faible.

F. C. : On m’a déjà considéré comme maillon faible de l’actuel gouvernement. J’aimerais bien que cette étiquette ne me poursuive pas. Au Conseil d’Etat, je ne l’ai pas vécu ainsi. Cette critique est venue d’une campagne de dénigrement à mon égard de l’UDC, que j’ai eu le tort de sous-estimer au départ.

– Il faudra attribuer le département qui a été fatal à Roland Debély, celui de la Santé. Vous intéresse-t-il ou vous fait-il peur?

F. C.: J’ai lancé, avec le Conseil d’Etat, des projets forts en tant que ministre de la Gestion du territoire. Mon intention, si je suis réélu, c’est de poursuivre dans ce département. Peur de la gestion des hôpitaux? Pas du tout. Si on devait me confier ce département, je l’assumerais.

Ph. G.: Chaque département est un challenge. J’ai une formation économique et juridique. Je serais à l’aise dans tous les départements. Si on veut utiliser ma compétence, elle se trouve en économie. En tant que directeur d’école, je connais bien aussi le domaine de l’enseignement. A propos des hôpitaux, ce n’est pas qu’un problème lié au ministre de la Santé. Il révèle le clivage Haut-Bas du canton qu’il faut résoudre dans son ensemble.

– Fernand Cuche, après le carton jaune du premier tour, modifierez-vous votre façon de gouverner ?

F. C.: Si je suis réélu, je m’organiserai différemment. Je vais davantage déléguer des tâches de gestion aux chefs de service. Pour consacrer plus de temps à la réflexion. En particulier concernant l’intercantonalité et l’évolution des structures du canton.

– Jean Studer plaide pour un canton de l’Arc jurassien. Soutenez-vous un tel programme?

Ph. G.: Jean Studer a régulièrement de bonnes idées. Un canton de l’Arc jurassien en est une excellente. Ça rejoint les projets de faire de cette région un pôle d’excellence. Mais il faut que le canton de Neuchâtel se réorganise à l’interne. C’est un changement de mentalités, positif. Inévitable aussi.

F. C.: J’ai vécu une expérience directe de collaboration avec les cantons de l’Arc jurassien lorsqu’il a fallu organiser l’entretien des routes nationales. Réaliser la fusion institutionnelle serait un magnifique projet. Ne serait-ce que pour exister, demain, face aux métropoles. Il y a un potentiel fort, avec nos métiers de la précision, pour positionner l’Arc jurassien. Si on pouvait avoir une vision du territoire, à l’échelle de l’Arc jurassien, ça faciliterait la tâche.