Libre circulation

Dérapages de la campagne de l’UDC

Dépôt d’une plainte pénale contre Micheline Calmy-Rey, désinformation sur Internet, pressions en tout genre: la situation s’envenime à quatre jours du scrutin

A la veille même de la votation du 8 février, la campagne commence à dégénérer. Plainte pénale contre une conseillère fédérale, vraisemblable désinforma-tion sur Internet, pression sur une section cantonale, pressions sur les médias, l’UDC fait une sorte de forcing dans la dernière ligne droite, avec des méthodes qu’on peut qualifier d’innovantes dans les traditions de la démocratie directe helvétique.

S’il n’est en effet pas nouveau de voir l’UDC dénoncer l’information gouvernementale en affirmant qu’il s’agit de propagande, le dépôt d’une plainte pénale contre une conseillère fédérale (LT du 4.02.2009) est par contre totalement inédit. Pirmin Schwander, conseiller national schwyzois, président de l’ASIN et coresponsable de la campagne de l’UDC, accuse Micheline Calmy-Rey de contrainte, au titre de l’article 280 du Code pénal. Pirmin Schwander accuse la ministre des Affaires étrangères de rendre les citoyens moyens incapables de résister psychiquement en les terrorisant avec conséquences économiques d’un refus de la libre circulation. La peur de perdre leur emploi les rendrait incapables d’une autre réaction que de dire oui à la libre circulation.

La forêt suisse en danger...

Il est évident que, d’un point de vue juridique, la démarche est totalement absurde et qu’elle l’est autant pour un esprit rationnel, l’UDC ne faisant elle-même rien d’autre que d’essayer de terrifier les citoyens avec l’arrivée de hordes de Bulgares et de Roumains. Elle n’a pas d’autre but que d’ajouter un élément piquant au brouhaha de cette fin de campagne où il ne s’agit plus de convaincre, mais de déstabiliser, et en plus de se faire plaisir en égratignant la tête de turc de la droite nationaliste.

Un faisceau d’indices paraît par ailleurs se resserrer pour attribuer au leader des Jeunes UDC, Lukas Reimann, la paternité d’un site internet invitant les chômeurs allemands à venir en Suisse pour profiter des prestations sociales. Les manœuvres hâtives pour en faire porter la responsabilité à l’extrême gauche allemande semblent en effet avoir laissé quelques traces compromettantes pour le conseiller national saint-gallois. On devrait savoir rapidement si, pour l’UDC, la désinformation sur Internet constitue ou non un procédé normal et légitime dans le cadre d’une campagne référendaire.

Autre innovation encore, les pressions exercées sur une section cantonale. Lors de la précédente votation sur la libre circulation, l’UDC avait laissé tranquilles les sections qui ne suivaient pas le parti suisse. Cette fois-ci, le choix démocratiquement exprimé par la section thurgovienne de l’UDC lui a valu d’être traitée de cloaque par l’un des vice-présidents de l’UDC, en l’occurrence Christoph Blocher (LT du 4.02.2009). Cette attitude dérange certains démocrates du centre romands, qui s’inquiètent de cette manifestation de centralisme autoritaire et se promettent de soulever la question dans les instances du parti à la première occasion.

Dernière innovation, l’UDC ne craint pas de s’en prendre directement aux médias. Dans une lettre adressée au rédacteur en chef du Temps, Toni Brunner, président de l’UDC, adresse d’amers reproches à notre quotidien, dont l’attitude «va à l’encontre du principe de l’objectivité du traitement de l’information». La parole n’y est pas donnée, reproche Toni Brunner, «à celles et ceux qui expriment des craintes, justifiées, à l’endroit de ce vote». L’UDC entend «trouver une solution» qui lui permette de refléter dans nos pages une opinion que nous aurions «ignorée jusqu’à ce jour».

Pour dissiper d’ores et déjà ce malentendu, nous reprenons sans attendre un argument encore totalement inédit de l’UDC dans cette campagne, les dangers de la libre circulation pour la forêt suisse. On le doit au conseiller national genevois André Reymond dans le dernier service de presse du parti, où il énumère les périls encourus «si l’on ouvre les portes de la Suisse à ces hordes mafieuses qui n’ont aucun respect pour le pays qui les accueille». «Les Slovaques en ont fait l’amère expérience en laissant les Roms couper les essences d’arbres protégées du parc naturel des Hauts Tatras, convertis en bois de chauffage». On ira jusqu’à proposer un slogan à André Reymond: «Le 8 février, les épicéas voteraient non.»

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