Vaut-il la peine de s’acharner sur un homme de 76 ans pour des faits remontant à plus de trente ans? A cette question, l’Amérique presque à l’unisson répond oui, à l’exception de la bulle formée par Hollywood. Mais, si tel est le cas, comment expliquer que Roman Polanski ait pu cavaler toutes ces années sans être inquiété par la justice américaine?

Huit actions

Les autorités judiciaires ont d’abord affirmé que jamais, jusqu’ici, elles n’avaient eu assez de temps pour lancer une opération comme celle de Zurich. Mais, placé sur la défensive, le bureau des procureurs du comté de Los Angeles a fini par publier le détail des mesures entreprises depuis 1978 pour mettre la main sur le fugitif. Au nombre de huit, ces actions précédentes ne concernaient pas la Suisse, malgré les fréquents passages du cinéaste dans ce pays. Elles paraissent surtout démontrer que les Etats-Unis n’ont pas déployé de moyens hors norme pour arrêter Polanski. Elles montrent aussi, en creux, comment les autres Etats ont fait face aux demandes américaines et réussi à se défiler devant leurs obligations internationales.

De 1978 à 2005, en plus de la France, les Etats-Unis ont été «informés» (par des moyens qu’ils ne précisent pas) de voyages de Polanski en Grande-Bretagne, au Cana­da, en Allemagne, au Danemark, en Suède, au Brésil, en Thaïlande et en Israël. Dans la plupart des cas, la justice américaine s’en est tenue à confirmer que la demande d’extradition «continuait d’être active». Au moins un pays, la Thaïlande, a ignoré des demandes plus insistantes. Un autre, Israël, semble avoir joué l’horloge en exigeant «des précisions supplémentaires». Lorsqu’elles sont arrivées, Polanski avait déjà quitté le pays.

Ce sont les avocats américains de Polanski qui semblent avoir précipité le dénouement. Après la dif­fusion d’un documentaire sur les chaînes américaines semblant démontrer l’existence de graves irrégularités lors du procès , les avocats ont tâché d’obtenir l’abandon des charges contre leur client. Au passage, ils ont noté le peu d’empressement montré par la justice pour l’attraper. Les procureurs ont été piqués au vif. Et ont profité du Festival de Zurich et de la publicité faite autour de l’arrivée de Polanski pour leur donner tort.