Terrorisme

Didier Burkhalter: «La prévention de l’extrémisme prendra des années»

La Suisse se montre en première ligne lors de la conférence de l’ONU consacrée à l’extrémisme violent. La position de Didier Burkhalter

Un même credo a réuni les responsables de quelque 120 pays cette semaine à Genève: plancher sur les moyens de prévenir les phénomènes de violence extrémiste, en se concentrant sur les racines du mal plutôt que sur ses conséquences. La Suisse, qui parrainait la conférence, a fait de cette question l’une des priorités de sa politique étrangère. Les explications du chef de la diplomatie Didier Burkhalter, avec un détour du côté de l’école de Bâle-campagne où deux élèves refusent de serrer la main de leur enseignante.

- Cette conférence, c’est un tournant dans la perception internationale de l’extrémisme?

- C’est plutôt une étape importante dans une ligne qui remonte au sommet de la Maison-Blanche (février 2015), organisé par Barack Obama, et qui avait étonnement donné de la force à nos idées. Ensuite les Nations unies ont intégré cette question de la prévention de l’extrémisme violent dans leur stratégie de lutte contre le terrorisme. Maintenant, ce qu’il faut faire, c’est discuter, et se mettre d’accord sur les éléments-clé. En quelque sorte, il s’agit pour l’ensemble du monde de se faire confiance pour traiter cette question.

- Malgré cette nouvelle approche, la tendance est plutôt à une guerre frontale, sans concessions…

- Le monde est habitué aujourd’hui à mettre des lunettes à courte vue. Tout est devenu immédiat, il faut des résultats rapides et résoudre les problèmes sans s’atteler aux vraies causes. Mais il y a toujours eu des actions, au niveau local, pour réduire les risques de l’extrémisme violent et augmenter les chances. Le but maintenant, c’est de mettre cette ligne de prévention au premier rang, de la rendre beaucoup plus visible politiquement. Et cela est déjà réussi ici, avec cette conférence. Pour continuer dans cette voie, nous devons changer de lunettes et considérer le long terme. Il faut admettre que si nous voulons faire de la prévention et, par exemple, améliorer l’éducation, donner plus de chances à une région de devenir résiliante, accroître la lutte contre la corruption, eh bien cela prend des années, voire des décennies. Mais il est très important aussi de montrer qu’il s’agit d’une action, et pas simplement d’un concept. Or il y a un plan d’action soumis par l’ONU ainsi qu’une demande aux divers Etats membres d’élaborer leurs propres plans nationaux. Ce sont des questions qui se posent à tous, pas seulement aux régions qui sont en situation fragile. Les pays européens ont aussi leurs problèmes.

- Le plan d’action de la Suisse n’évoque pourtant que la coopération à l’étranger…

- C’est un complément du Département des affaires étrangères, pour s’additionner à nos actions intérieures, qui passent avant tout par le bon sens local, par le contact direct et par l’effort d’intégration. Il s’agit de garder à l’esprit que chaque être humain compte dans une cité, quel que soit l’endroit d’où il vient. C’est important de définir des limites, mais cela se fait en parlant, en convainquant, en intégrant et non en stigmatisant.

- L’affaire des deux élèves de l’école de Bâle a pris une très grosse dimension. Ici encore, le discours que vous prônez semble inaudible…

- Il y a des craintes que je comprends. Mais lorsqu’on est au niveau local, et qu’on entend les différences autour d’une même table, on voit qu’on peut les régler, même si cela prend parfois un peu de temps. Le danger consiste à placer le problème d’entrée dans une optique d’opposition. On risque alors de cimenter les différences plutôt que de fomenter les convergences. Encore une fois, dans les écoles ou les lieux publics, il faut des règles claires que tout le monde doit accepter mais il est important aussi de ne pas provoquer immédiatement des conflits. En général, lorsqu’on peut compter sur gens qui ont l’habitude de travailler avec les différences, il y a moyen de trouver des solutions.

- Pour revenir aux retombées de cette conférence, cela implique aussi une sorte de nouvelle vocation pour Genève?

- Genève est un lieu particulièrement bien positionné pour s’atteler à cette tâche de la prévention de l’extrémisme violent puisqu’ici sont débattues aussi bien les questions de développement, des droits de l’homme que de la paix et de la sécurité. De plus, sont présentes les organisations internationales autant que la société civile. On a ici le carrefour parfait des structures et des thèmes pour travailler sur ces problématiques.

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