États-Unis

Donald Trump est prêt à déclarer l'«urgence nationale» pour financer son «mur»

Le président refuse de perdre la face en acceptant le seul compromis du Congrès. Il exigeait une enveloppe de 5,7 milliards de dollars, le Congrès ne lui en promet que 1,4. Une procédure d'urgence déclencherait une féroce bataille devant la justice

Pas de shutdown, mais une autre forme de chaos. Donald Trump s'était engagé à ne pas plonger le pays dans une nouvelle paralysie partielle du gouvernement fédéral. Mais il a également assuré qu'il construirait son «mur» à la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique, coûte que coûte. Il aurait pu opter pour le compromis proposé par le Congrès et en rester là. Il préfère le faire en brandissant «l'urgence nationale», qui dans les faits lui permettrait de contourner le Congrès pour obtenir ses fonds. C'est ce qu'a laissé entendre, jeudi 14 février, le chef de la majorité républicaine au Sénat. L'annonce, si elle se concrétise ce vendredi, promet une féroce bataille devant les tribunaux. 

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De l'acier plutôt que du béton

Donald Trump exigeait une enveloppe financière de 5,7 milliards de dollars pour ériger son «mur»; les démocrates, qui le jugent «amoral» et «inutile», lui ont tenu tête, refusant de délier les cordons de la bourse. C'est ce qui a plongé le pays, privé de loi budgétaire, dans le plus long shutdown de son histoire. Puis il y a eu une trêve de quelques jours: une solution devait être trouvée jusqu'au 15 février minuit. Jeudi, le Congrès a adopté un compromis, en s'entendant sur un budget de 1,4 milliard de dollars, le quart du montant espéré par Donald Trump. Avec une terminologie plus fine: les mots «barrière» ou «clôture» remplacent celui de «mur». Donald Trump lui-même a accepté de troquer le béton contre de l'acier et parle désormais de «barrière qui permet de voir à travers». Mais c'est bien l'unique concession qu'il a faite à propos de ce qui a été sa principale promesse de campagne.

Le compromis avalisé par le Congrès a très vite été critiqué par les républicains les plus conservateurs. Donald Trump ne pouvait accepter ce seul compromis sans perdre la face et fâcher sa base électorale. Jeudi soir, Mitch McConnell, le chef de la majorité républicaine au Sénat, a précisé, peu après le vote de sa Chambre, que Donald Trump était «prêt à le signer». Mais il a aussitôt ajouté: «Il déclarera au même moment une situation d'urgence nationale». La Maison-Blanche l'a confirmé peu après. 

Bush pour les attentats du 11-Septembre

Donald Trump ne serait ni le premier ni le dernier président américain à faire usage de l'«urgence nationale». Tous y ont recouru. Jimmy Carter l'avait par exemple fait après la prise d'otages à l'ambassade américaine de Téhéran en 1979 ; George W. Bush, après les attentats du 11 septembre 2001; et Barack Obama, en pleine épidémie de grippe

H1N1. Mais le président est régulièrement accusé d'exagérer la situation à la frontière. Malgré les récentes caravanes de migrants d'Amérique centrale qui ont provoqué des tensions, la situation n'est pas celle qu'il décrit. Il n'y a pas de «horde» de «migrants criminels» qui lancent un «assaut» contre les Etats-Unis. La réaction de Donald Trump, qu'il annonce une «urgence nationale» ou impose un décret, est surtout à interpréter comme une dernière tentative pour éviter ce qui représenterait un important revers politique pour lui, qui a toujours fait de la lutte contre l'immigration clandestine une de ses priorités. 

Les chefs démocrates du Congrès Chuck Schumer et Nancy Pelosi avertissent: «Déclarer l'urgence nationale serait un acte sans fondement juridique, un grave abus du pouvoir de la présidence et une tentative désespérée de détourner l'attention du fait que le président n'a pas tenu sa promesse fondamentale que le Mexique payerait pour son mur».

Le «National Emergencies Act» a été voté en 1976. C'est un instrument qui permet au président d'activer des pouvoirs extraordinaires pour ne pas dépendre d'un feu vert du Congrès. Dans le cas concret, Donald Trump ne veut pas se contenter de la somme sur laquelle le Congrès s'est entendu. Il pourrait s'appuyer sur l'armée pour construire une partie de son mur. 

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