Le Temps: Pourquoi cette candidature au Conseil fédéral?

Martine Brunschwig Graf: Il me semble que je pourrai apporter encore quelque chose à un moment où on a besoin d’un gouvernement solide, qui doit prendre des décisions courageuses et défendre le pays. Le fait d’avoir une expérience de gouvernement et de connaître les dossiers de politique fédérale constitue un atout.

– Le successeur de Pascal Couchepin devra sans doute reprendre, au moins pour un temps, son département et les dossiers des assurances sociales. Cela vous inspire-t-il?

– Je ne sais pas si c’est volontaire ou non, mais on oublie toujours que dans ce département il y a aussi la formation et la recherche, et donc de gros enjeux pour les hautes écoles. S’agissant des assurances sociales, je suis tout à fait consciente qu’il s’agit d’un dossier délicat dans lequel les acteurs ont des intérêts parfois extrêmement divergents. Une chose me paraît importante: arriver à mener à bien des réformes. Pascal Couchepin l’a fait avec l’AI. Je me sens prête à reprendre des dossiers difficiles, c’est quelque chose qui ne m’a jamais fait peur.

– Pourquoi avoir autant attendu pour faire acte de candidature après la démission de Pascal Couchepin?

– Parce que je prends très au sérieux cette fonction. Il faut commencer par se demander si on pense être est capable de le faire. Ensuite, il faut examiner les implications en matière de libertés personnelles et sur son entourage. Cela n’est pas une décision facile, cela mérite bien une pause de réflexion. Même Doris Leuthard, qui était seule candidate à la succession de Joseph Deiss, s’était donné un large temps de réflexion.

– On observe aujourd’hui que certaines personnes susceptibles d’être élues au Conseil fédéral n’en ont tout simplement pas envie. Comment faut-il interpréter cette relativisation de l’intérêt pour une fonction qui, il y a quelques années encore, faisait fantasmer l’entier de l’Assemblée fédérale et au-delà?

– Les conseillers fédéraux sont soumis à la pression médiatique en permanence, on fait leur rating à peu près tous les six mois, on les oppose les uns aux autres et surtout il y a de très gros enjeux. Il y a peu de gloire à récolter, beaucoup de travail et les plus grandes réussites ne peuvent parfois être mesurées que bien après le départ de leur auteur du gouvernement. C’est un travail qui nécessite une part d’abnégation.

– Est-ce que l’Assemblée fédérale est prête à faire un choix qui verrait quatre femmes siéger au Conseil fédéral?

– Elle a toujours été prête à le faire quand c’étaient des hommes… (rire).

– Et deux Genevoises?

– Je suis Genevoise et confédérée. J’ai quand même les pieds dans le terroir fribourgeois et je pense que plusieurs cantons peuvent se reconnaître en moi. D’autre part, j’ai été amenée à connaître la Suisse de façon très approfondie dans tous mes engagements intercantonaux. Pour moi on n’est pas au Conseil fédéral pour défendre un canton, mais tous les citoyens de ce pays.

– L’atavisme fribourgeois, que peut-il apporter au Conseil fédéral?

– Un profond bon sens, une forme de parler vrai et le fait de savoir ce que sont les difficultés. Fribourg est un canton qui a toujours eu à lutter pour obtenir quelque chose. Genève a beaucoup plus de facilité et quand ça va mal on sait que le retour à une situation positive arrive assez rapidement. A Fribourg, rien n’est jamais acquis, il faut toujours se battre. En politique, c’est quelque chose qu’on doit toujours avoir présent à l’esprit.

– Combien de temps faudrait-il rester au Conseil fédéral, idéalement?

– Le temps de faire ce pour quoi on est là. Quatre ans c’est trop court. Je pense que six ans est une durée tout à fait satisfaisante, avant que d’autres prennent le relais.