Avant le droit de vote, il y eut le tirage au sort des responsables politiques. C'est ainsi que fonctionnait la démocratie athénienne avant que les réformes de Périclès (Ve s. av. J.-C.) ne consacrent le droit de vote comme une des bases de l'exercice démocratique. Encore ce droit ne concernait-il ni les femmes ni les esclaves. A Athènes, on estime qu'il y avait 40000 électeurs pour 250000 habitants.

Quand il fait sa réapparition dans les temps modernes, dans le sillage de la Révolution française, le droit de vote est resté longtemps censitaire. La fortune des électeurs n'offrait-elle pas une double garantie d'indépendance et de conservatisme? Il faut attendre les lendemains de la Première Guerre mondiale pour que le suffrage universel masculin soit la règle dans les démocraties parlementaires.

Quant aux femmes, ce sont celles du Wyoming (USA) qui arracheront les premières ce droit fondamental, en 1869. Les pays scandinaves seront dans ce domaine les pionniers en Europe (Finlande, 1906). La Suisse, paradoxalement freinée par sa démocratie directe et ses Landsgemeinde, sera bonne dernière. Le droit de vote féminin n'existe au niveau fédéral que depuis 1971.

Dans la période récente, les avancées du droit de vote concernent son extension aux étrangers, notamment au niveau local, et l'abaissement de l'âge. En Suisse, c'est à la suite de la votation populaire du 3 mars 1991 que le droit de vote a passé de 20 à 18 ans. A ce jour, seul Glaris a passé à 16 ans. La consultation est en cours dans le canton de Berne. Le parlement genevois a en revanche mis au tiroir récemment une motion du PDC.

Vingt ans, puis 18, puis 16. Et après? Le Grand Conseil bernois a débattu au début de cette année de l'idée d'offrir le droit de vote dès la naissance, sur le principe «un individu, un vote». Certains croyaient à un 1er avril, mais la proposition avait été faite le plus sérieusement du monde. Elle provenait des milieux évangéliques et d'un exemple venu d'Allemagne, pays dans lequel une forme de suffrage familial a été introduite dans les paroisses. L'histoire du droit de vote n'a sans doute pas dit son dernier mot.