Enfants

Drôles de drames en famille

«L’été où papa est devenu gay» et «Le Nouveau Roi de la France» posent aux ados une série de questions essentielles et y répondent avec finesse et humour

Enfants é Drôles de drames en famille

Et si papa devenait gay, et si maman ne m’aimait plus…Inquiétudes et questions des jeunes personnages des romans d’aujourd’hui

Qui ? Endre Lund Eriksen
Titre: L’été où papa est devenu gay
Trad. du norvégien par Aude Pasquier
Chez qui ? Thierry Magnier.Dès 14 ans

«On a passé un super été, même si nos pères sont devenus gays.» Après un incipit pareil, il fallait tenir la route. Ce récit courageux y parvient. Fort bien traduit du norvégien, voici le journal que tient Arvid, 12 ans, parti camper avec son père Jan; ils vont faire la connaissance de leurs voisins, Roger et sa fille Indiane; Indiane qui peut-être ne laisse pas Arvid indifférent; Roger à qui Jan, fraîchement divorcé, n’est pas insensible.

Le tour de force de l’auteur, c’est de laisser le lecteur dans une certaine incertitude: gay, pas gay, une chose est sûre, Jan semble être en train de se trouver et n’a jamais paru aussi heureux à son fils, qui, pour sa part, avale des couleuvres tout au long de cet été si particulier.

La difficulté du garçon à accepter l’homosexualité de son père – l’auteur maîtrise très bien les différentes déclinaisons de «je n’ai rien contre les homos, mais… pas mon papa» –, ses doutes naissants au sujet de sa propre sexualité, elle-même si balbutiante encore qu’il se sent agressé par ce qu’il perçoit comme une érotisation généralisée autour de lui. Tout ceci est raconté par un jeune narrateur au cœur à vif, qui oscille sans cesse entre force et vulnérabilité.

Qui ? Gilles Abier
Titre: Le Nouveau Roi de la France
Actes Sud Junior/Premier roman. Dès 8 ans

Claire est catastrophée: son fils Adrien, assis sur son lit, exige qu’on le vouvoie, qu’on l’habille de sa culotte de velours vert et de sa chemise à jabot, et même qu’on l’appelle Louis désormais.

Le futur beau-père de Sa Majesté décide de jouer le jeu le temps d’un week-end; quant à ses demi-frère et sœur, ils hésitent entre l’agacement et le rire. Mais c’est de la grand-mère du «Roi Louis» que viendra l’idée salvatrice: son petit-fils veut une vie de château, eh bien il l’aura, mais bien délabré, le château, et pleine de corvées, la vie.

Les familles recomposées pullulent dans les romans pour la jeunesse, mais Gilles Abier a trouvé là une manière originale de montrer les soucis d’un garçon qui vivait seul avec sa mère et qui devra dorénavant la «partager».

L’auteur sait ménager le suspense, prenant le temps de développer cette lubie étrange qui, sous des airs autoritaires, masque en réalité un profond désarroi et des craintes légitimes. Une lecture vive et agréable, où défile une jolie gamme de sentiments et d’émotions, toutes générations confondues.

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