Terrorisme

Les drones armés, le nouveau «cauchemar»

A Mossoul, leur emploi semble stoppé. Mais l’Etat islamique a développé un «programme drone» qui continue de donner des sueurs froides aux militaires

Dans la bataille de Mossoul, de nouveaux combattants ont fait leur apparition: leurs fusils ne tirent pas de balles, mais émettent des… ondes, destinées à brouiller les fréquences des drones en vol. Récemment, un commandant irakien se félicitait: «Le problème a été résolu grâce aux Américains. Lorsque nous utilisons ces «machines parasite», ils ne peuvent plus décoller», expliquait-il à l’agence kurde Rudaw.

L’apparition de drones armés avait suscité une certaine panique dans les rangs de l’armée irakienne et de la coalition qui cherche à reprendre Mossoul à l’organisation État islamique (EI). Utilisés en grand nombre à la fin de l’année dernière, et jusqu’à ces dernières semaines, les machines téléguidées avaient aussi provoqué des dizaines de morts et de blessés. A tel point que l’EI en avait fait l’un de ses grands arguments de propagande. Des vidéos montraient leurs engins larguant des grenades sur les troupes irakiennes et les présentaient comme un «cauchemar pour les infidèles». Bien vite, c’étaient des photos montage qui avaient surgi sur les réseaux: elles mettaient en scène des djihadistes de l’EI en train de faire décoller des drones avec, en toile de fond, la Maison-Blanche, le Capitole ou la Statue de la Liberté en flammes.

Voilà des années que plusieurs Etats, Etats-Unis en tête, font un usage intensif des drones armés. L’État islamique est cependant considéré comme le premier groupe terroriste non soutenu par un Etat à avoir aussi recours à cette arme, après qu’il a longtemps utilisé les drones comme un outil de reconnaissance pour détecter les forces ennemies et pour filmer ses exploits militaires.

Amélioration des drones

Quelle que soit son utilisation, il suffit souvent à l’État d’un drone quadrirotor, comme il en existe désormais à peu près partout dans le commerce. C’est leur force et leur faiblesse: ces appareils commerciaux sont en vente libre mais aussi, selon les spécialistes, relativement faciles à immobiliser par les «machines parasite» fournies par les Américains et qui seraient développées à Taïwan.

Fin mars, toutefois, des documents internes à l’EI semblaient démontrer que l’organisation tentait d’améliorer ces machines dans ses ateliers. Côté «hardware», il s’agit de leur permettre de transporter des bombes plus lourdes, pouvant dépasser les vingt kilos. Côté «software», d’améliorer le programme de transmission afin de rendre les données de l’appareil plus difficiles à brouiller.

De fait, l’État islamique a consacré de nombreuses ressources à la fabrication et à l’utilisation de ces engins. A en croire un rapport récent de l’International Center for the Study of Violent Extremism (ICSVE), un institut basé à Washington, l’organisation djihadiste aurait développé quatre entités différentes réunies sous l’autorité d’un même «émir», Muhammad Islam. Parmi les nombreuses activités de ce «programme drone»: des stages d’entraînement destinés aux «lionceaux du califat», les enfants recrutés par les djihadistes, qui auraient eu lieu en début d’année à Raqqa, la «capitale» de l’EI en Syrie.

Un pistolet de défense anti-drone

Même si le bourdonnement des drones de l’EI semble s’être tu à Mossoul, son utilisation se poursuit autour de la ville irakienne et semble ainsi destinée à s’accroître encore. C’est du moins l’opinion que se sont forgée les Américains, à la suite notamment de la découverte des détails de ce «programme» développé par l’EI. L’année dernière, le Pentagone avait demandé au Congrès 20 millions de dollars supplémentaires afin d’étudier les moyens de venir à bout de cette nouvelle menace dans la région.

En réalité, l’armée et la police irakiennes utilisent fréquemment, elles aussi, des drones armés dans la bataille de Mossoul. A l’inverse de ceux des djihadistes, ils sont équipés de caméras qui leur permettent aussi d’opérer de nuit. Du côté défensif, des voix s’élèvent à Washington pour qu’un «drone defender gun» (un pistolet de défense anti-drone) fasse partie du kit de base des soldats américains, ainsi que des forces qui combattent à leurs côtés.

Toutefois, ces «machines parasite», installées sur des pick-up ou portées à dos d’homme, risquent de se révéler insuffisantes pour prévenir la généralisation d’une arme dont l’impact psychologique est au moins aussi important que l’effet militaire. En février dernier, les militants de l’EI ont commencé à appeler à l’utilisation de drones pour cibler les populations civiles, les lieux de culte, et les infrastructures telles les centrales électriques, aussi bien au Moyen-Orient qu’en Afrique du Nord ou en Occident. «Ceci n’est pas anodin», disait dans son rapport l’ICSVE, en rappelant que de tels mots d’ordre ont été mis à exécution lorsque l’organisation djihadiste a prôné l’utilisation de simples couteaux ou de camions béliers pour semer l’effroi dans la foule.

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