Rarement un événement aura suscité autant de polémiques et de débats, parfois virulents. La Conférence de l’ONU sur le racisme, qui se tient au Palais des Nations à ­Genève de lundi à vendredi est entachée de plusieurs défections. La plus symbolique est celle des Etats-Unis, qui ont attendu samedi pour annoncer leur refus d’y participer. La haut-commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, Navanethem Pillay s’est dite «choquée et profondément déçue» par la décision américaine. Washington avait certes claqué la porte de Durban en 2001 en Afrique du Sud, mais il avait récemment envoyé une délégation à Genève pour participer aux travaux préparatoires. Ce boycott contredit a priori le souhait de l’administration de Barack Obama d’adhérer au Conseil des droits de l’homme. Mais attaqué de toutes parts par les républicains et surtout les conservateurs, Barack Obama pourrait avoir choisi de ne pas jouer la carte maximaliste au plan national. De plus, désireuse de dialoguer avec l’Iran, la Maison-Blanche jugeait sans doute peu opportun d’être confrontée d’emblée au président iranien Mahmoud Ahmadinejad, présent à Genève. Navanethem Pillay était pourtant convaincue que les obstacles étaient surmontables. Directrice du bureau genevois de Human ­Rights Watch, Julie de Rivero estime que le projet de déclaration finale de la Conférence d’examen de Durban ne comportait plus de passages justifiant un boycott américain.

Les Etats européens partent pour leur part en ordre dispersé. Les Pays-Bas et l’Italie ont déjà signifié leur absence du sommet genevois, tout comme les Allemands qui ont attendu dimanche soir pour l’annoncer alors que la France et la Grande-Bretagne participeront à la conférence. Dimanche, les discussions se poursuivaient entre les chancelleries européennes pour tenter d’adopter une position commune. Parmi les absents figurent aussi Israël, l’Australie et le Canada. La venue de Mahmoud Ahmadinejad n’est pas de nature à rassurer les Occidentaux, d’autant que le président iranien a encore déclaré dimanche qu’Israël était «le porte-drapeau du racisme».

Les refus de participer au sommet sur le racisme surprennent d’autant que le projet de déclaration finale a supprimé toute mention d’Israël et la notion de diffamation des religions ou de stéréotypes négatifs des religions, chère aux pays musulmans. Quant aux réparations relatives à l’esclavagisme et au colonialisme, les pays africains y avaient déjà renoncé par souci de compromis.