En Suisse, plus de 60% de la population porte des lunettes et/ou des lentilles de contact. Au niveau de l'offre, le marché est passé en moins de vingt ans du cartel à l'hyper-concurrence. «Aujourd'hui, les prix en Suisse sont enfin compétitifs, et les gens vont moins qu'avant faire faire leurs lunettes en France», se réjouit Daniel Mori, de Visilab.

Et l'augmentation des volumes compense la baisse des marges. «Nous bénéficions d'une conjonction de trois courants très favorables, explique Marc-Etienne Berdoz. Le vieillissement démographique, l'augmentation générale du nombre d'heures passées devant les écrans, et le retour des lunettes comme accessoire de mode. Les lunettes ne sont plus honteuses, et on aime pouvoir en changer souvent.»

Et, alors que les chaînes dominent le marché, la qualité des lunettes produites n'est pas moins bonne. «Au contraire, les techniques ont tellement évolué, il suffit d'être équipé des bonnes machines, indique Leonidas Zografos, directeur de l'Hôpital ophtalmique de Lausanne. De nos jours, il est exceptionnel de voir des patients avec des lunettes mal centrées.»

Et les progrès de la chirurgie réfractive, de quoi entamer l'optimisme des opticiens? «J'aimerais bien que ça soit le cas, mais on en est encore loin, regrette, en riant, Pierre-André Gobet, directeur de MV Santé Vision, la plus grande des cinq cliniques suisses romandes à pratiquer cette chirurgie. En Suisse, près de 10000 yeux sont opérés chaque année, 2000 de plus qu'il y a trois ans. Les prix baissent et les techniques sont beaucoup plus fiables, on peut parler d'un début de démocratisation. Mais on estime à 4 millions le nombre d'yeux myopes. Proportionnellement, les opérations restent très marginales. J'ai bien entendu que sur l'ensemble des porteurs de lunettes, près de 40% songeaient à la chirurgie, mais pour l'instant, je ne vois pas encore de file d'attente devant la clinique!»