L’œil de l’expert

1:12 polarise notre société

Les sondages nous indiquent un clair refus de l’initiative 1:12. Serons-nous pour autant libérés d’un interventionnisme croissant dans les pratiques salariales?

Les sondages nous indiquent un clair refus de l’initiative 1:12. Serons-nous pour autant libérés d’un interventionnisme croissant dans les pratiques salariales? Pas sûr, car le mal est fait, et, déjà, une autre initiative castratrice pointe son nez: les salaires minimaux à 4000 francs. Une lueur d’espoir tout de même: la probable initiative sur l’égalité salariale entre hommes et femmes, qui aurait au moins la pertinence de régler un problème intolérable vieux de plus de 20 ans.

Il est urgent que nos entreprises prennent leur destin en main et arrêtent de subir ce défilé interventionniste. 1:12 a démontré une volonté de polariser notre société, avec d’un côté les soi-disant managers spoliateurs et de l’autre des citoyens volés. C’est une grave méprise. Cette initiative prouve aussi que le sujet des salaires est un thème porteur pour les formations politiques de gauche, qui rentrent ainsi sur le terrain émotionnel et démagogique, au même titre que l’UDC avant elles. Comment regagner un peu de sérénité et couper l’herbe sous les pieds des profiteurs idéologiques?

Tout d’abord, la Suisse doit se doter d’un arsenal pénal adéquat pour condamner les scélérats du monde économique. Il est à l’avantage de tout citoyen suisse qu’un manager à succès comme Daniel Vasella (20 millions de revenus par an) paie entre 6,5 et 9 millions d’impôts et d’AVS, tout en positionnant Novartis à la 2e place mondiale des entreprises pharma. Mais il est intolérable que Marcel Ospel se soit octroyé 26 millions de salaire en 2007, peu de temps avant qu’UBS fasse faillite. De même, les ex-dirigeants de Swissair ont conduit la «banque volante» à la faillite, tout en puisant dans la caisse de pension des employés, sans qu’aucune sanction pénale ne puisse être prise à leur encontre. De l’autre côté de l’Atlantique, la liste est longue de criminels d’entreprise condamnés à des dizaines d’années de prison ferme, des ex-dirigeants d’Enron à Bernard Madoff. Des mesures dissuasives doivent être mises en place ici, par exemple en reversant le fardeau de la preuve pour les crimes économiques. Il s’agit aussi de resserrer les liens entre les dirigeants et le reste du pays. Daniel Vasella, toujours lui, a été très bien inspiré en menant Novartis à la réussite. Mais il a fait preuve d’une cupidité affligeante lorsqu’il s’est accroché à son indemnité de 72 millions au moment de son départ, somme qu’il a d’ailleurs fini par abandonner sous la pression médiatique. Comment peut-on être si maladroit? Pourquoi n’a-t-il pas créé avec cet argent une fon­dation caritative? Quantité de bons exemples existent. Le plus inspirant est sans doute celui de Bill Gates et son épouse, dont la fondation redistribue chaque année plus de 3 milliards de dollars en initiatives humanitaires.

Il est temps que nos grands patrons tissent des liens forts avec la population de notre pays et développent une stratégie sociale pour éviter de se retrouver ostracisés comme les profiteurs ultimes de notre société. Nous avons le privilège de participer, jusqu’ici, à une société où la solidarité sociale et la paix du travail ont fait leurs preuves. Ce paradigme est menacé. Dirigeants, battez-vous pour cette société et prouvez-nous que vous n’êtes pas les rapaces sans foi ni loi que certains vous accusent d’être!

* Fondateur d’AS-HR Consulting et chargé de cours à HEC Lausanne

Publicité