Les caisses de pension ne sont pas obligées de respecter les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) dans leurs politiques de placement, mais elles le font de plus en plus. Il y a trois ans, 10,8% des instituts de prévoyance investissaient de manière durable plus de 60% de leurs actifs sous gestion. Cette proportion a grimpé à 28% aujourd’hui et elle devrait approcher 50% dans trois ans, indique à la presse Sara Carnazzi Weber, économiste auprès de Credit Suisse, lors de la présentation mardi d’une enquête réalisée en octobre auprès de 93 établissements.

La première raison de leurs investissements durables relève largement de leur conviction (80% des sondées), ainsi que du risque de réputation (40%) et de la réglementation actuelle et à venir. Par contre, le potentiel de rendement et les pressions du public et des médias ne sont guère mentionnés.

La Suisse loin des leaders

L’investissement durable se propage dans la prévoyance professionnelle, mais la Suisse reste très éloignée des leaders, selon Sara Carnazzi Weber. Un classement des pratiques ESG dans les instituts de prévoyance au sein de 15 pays, effectué par le Global Pension Transparency Benchmark et publié en février, place la Suisse au 11e rang, loin derrière le leader, la Suède. Ce classement place en tête les pays dont les exigences légales sont les plus strictes, constate l’économiste de Credit Suisse. Elle ajoute que les difficultés des assurés suisses à influencer la politique de placement de leur institut de prévoyance jouent aussi un rôle négatif sur la place de la Suisse.

Si 13% des caisses de pension suisse ignorent encore l’ESG et 11% ne donnent pas d’information, environ la moitié «ont encore beaucoup de chemin à parcourir» pour reprendre Sara Carnazzi Weber, les obstacles à surmonter pour investir durablement ne sont pas minces, selon Credit Suisse.

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Les trois quarts des instituts interrogés critiquent le manque de transparence des placements ESG. La moitié d'entre eux déplorent les difficultés à distinguer entre les placements réellement durables et ceux qui ne sont que du greenwashing. Un tiers des sondés relèvent l’incertitude sur la performance financière à long terme de l’ESG.

L’atout de la protection contre les crises

Les actions constituent la classe d’actifs la plus utilisée dans l’ESG par les caisses de pension (90% de celles qui investissent au moins 25% des actifs dans le durable). La proportion est moitié plus faible pour les pays émergents, et encore plus modeste à l’égard des marchés chinois. Pourtant, selon Credit Suisse, l’investissement durable dispose d’un atout majeur dans les marchés émergents, celui de mieux protéger contre le risque de forte baisse.

D’ailleurs, les indices durables (par exemple, MSCI World ESG) présentent un rendement excédentaire à long terme, qui s’avère plus élevé dans les pays émergents qu’ailleurs.

Dans l’immobilier en Suisse, dont 10 à 20% sont détenus par les investisseurs institutionnels, les considérations durables sont déjà présentes. Elles sont prises en compte dans 100% des nouveaux bâtiments et 90% des propriétés existantes, selon le sondage. La priorité est accordée à la réduction de la consommation d’énergie (100% des sondées).