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Ces 20 firmes responsables d’un tiers des émissions carbone mondiales depuis 1965

ExxonMobil, Total, Gazprom… Une nouvelle étude, relayée par «The Guardian», épingle 20 géants des énergies fossiles et leur rôle considérable dans la crise climatique

S’il devait, un jour, y avoir un tribunal climatique, voici une première liste d’accusés. The Guardian a dévoilé, mercredi 9 octobre, de nouvelles données scientifiques publiées par le Climate Accountability Institute, qui identifient vingt firmes spécialisées dans l’extraction et la distribution d’énergies fossiles (pétrole, gaz et charbon) comme responsables d’un tiers des émissions totales de CO2 depuis 1965.

L'article original: Revealed: the 20 firms behind a third of all carbon emissions

Pour arriver à ces conclusions, l’étude a compilé les rapports annuels de production des entreprises concernées et calculé, à partir de ces données, la quantité de méthane et de CO2 émise directement et indirectement par cette production, tout au long du processus d’approvisionnement. En effet, si l’extraction et l’acheminement en tant que tels ne sont responsables que de 10% des émissions totales de ces firmes, 90% proviennent de la consommation des matières extraites: moteurs à essence, chauffage, etc.

Une majorité d’entreprises publiques

Dans cette liste, on retrouve sans surprise les incontournables multinationales du secteur: les américains ExxonMobil et Chevron, l’anglo-néerlandais Shell, le britannique BP ou le français Total. Mais douze entreprises sur vingt appartiennent à des Etats, comme Petrobras (Brésil), Pemex (Mexique), Sonatrach (Algérie), Gazprom (Russie), PetroChina, ou Coal India. Autant de géants appartenant à des décideurs publics, en capacité de freiner leur développement s’ils en avaient la volonté politique.

C’est d’ailleurs à Aramco que revient le triste trône de champion des pollueurs: la propriété du Royaume saoudien a, à elle seule, émis 4,38% des émissions carbone mondiales depuis 1965. La date n’a pas été choisie arbitrairement par les scientifiques. C’est, selon eux, l’année à partir de laquelle les grandes entreprises et les gouvernements ont eu pleinement connaissance de l’impact négatif des énergies fossiles sur l’environnement.

Lire aussi: Selon l’OMM, la planète fait fausse route en termes d’émissions de CO2

Injustice climatique

Qu’ont à répondre les principaux intéressés? Parmi les vingt firmes citées, seules sept ont bien voulu répondre au Guardian, dont une seule entreprise d’Etat – PetroChina. «Certaines ont contesté l’affirmation selon laquelle l’impact environnemental des combustibles fossiles était connu depuis la fin des années 1950, raconte le journal, très engagé sur le terrain climatique, et qui a mis en ligne l’intégralité des réponses. D’autres ont fait valoir qu’elles n’étaient pas directement responsables de la manière dont le pétrole, le gaz ou le charbon qu’elles extrayaient étaient utilisés par les consommateurs.»

La surreprésentation de ce super-club de pollueurs souligne l’injustice fondamentale de la crise climatique, comme le résume le spécialiste international du climat Michael E. Mann, cité par le quotidien britannique: «Sept milliards et demi de personnes vont devoir payer le prix d’une planète dégradée, afin qu’une vingtaine d’intérêts polluants puissent continuer à générer des bénéfices record.»


Les 20 entreprises citées par «The Guardian»:

Saudi Aramco (Arabie saoudite), Chevron (Etats-Unis), Gazprom (Russie), ExxonMobil (Etats-Unis), National Iranian Oil (Iran), BP (Royaume-Uni), Shell (Pays-Bas/Royaume-Uni), Coal India (Inde), Pemex (Mexique), Petroleos (Venezuela), PetroChina (Chine), Peabody Energy (Etats-Unis), ConocoPhilips (Etats-Unis), Abu Dhabi National Oil (Emirats arabes unis), Kuwait Petroleum (Koweït), Iraq National Oil (Irak), Total (France), Sonatrach (Algérie), BHP Billiton (Australie), Petrobras (Brésil).

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