La progression des exportations, estimée à +4,2% (contre 3,2% en octobre), explique l'essentiel de cette reprise. Le commerce extérieur profite du dynamisme retrouvé de l'Asie et des Etats-Unis mais aussi de l'Union européenne. Le franc, qui a perdu 7% l'an dernier contre l'euro, a rendu plus compétitifs les produits helvétiques auprès des principaux clients de la Suisse, Allemagne en tête.
Cette semaine, les chiffres d'affaires en nette hausse de certaines entreprises industrielles, comme Saia-Burgess, Mikron ou Esec (LT du 05.02.2004), témoignaient de cette reprise. Après une période de restructuration, leurs carnets de commandes se remplissent à nouveau. L'indice d'achat des patrons (PMI) a de son côté atteint en janvier son plus haut niveau depuis 2001, rappelle l'agence Bloomberg. Le Seco s'attend d'ailleurs à ce que les entreprises augmentent de 7% leurs investissements, contre un recul de 1% en 2003.
Enfin, «l'utilisation des capacités techniques de production devrait s'améliorer en cours d'année et le chômage baisser», note les économistes de la Confédération dans leur communiqué. Ils estiment que le taux de chômage va reculer à 3,7% (contre les 3,9% attendus en octobre) avant de tomber à 2,5% en 2005.
Tous les indicateurs n'ont pas viré au vert
Si un retournement de tendance semble donc bien s'être produit, tous les indicateurs n'ont pour autant pas viré au vert. «Le dollar est le principal risque qui pèse sur le redressement de l'économie suisse, indique Aymo Brunetti, chef économiste du Seco à Bloomberg. Nous ne nous attendons pas à un krach mais, si c'est le cas, il pourrait avoir un effet de domino sur l'économie mondiale et menacer la reprise.» Ces prévisions ne sont réalistes que si la zone euro connaît un redressement «significatif», complète un économiste de Swiss Life.
De son côté, la directrice de l'institut de conjoncture de Lausanne Créa tranche: «A titre personnel, je pense que la prévision de 1,8% pour cette année est un peu élevée», a dit Délia Nilles. La dernière prévision du Créa, qui remonte à octobre, était de 1%. Pour elle, la consommation des ménages, qui pèse plus de la moitié du PIB, reste toujours «assez faible». Selon elle, 2004 sera une «année de transition». «On ne peut pas parler de croissance forte tant qu'elle ne dépasse pas les 2,5%. Actuellement, des taux en dessous ne permettent pas de diminuer le chômage», a-t-elle précisé.
Concrètement, ces chiffres ne devraient donc pas immédiatement changer la vie des Suisses. «Il s'agit bien sûr d'une bonne nouvelle qui confirme l'amélioration que nous avons observée en fin d'année», indique au Temps Karl Weisskopf de Coop. Le porte-parole du géant de la distribution reste malgré tout réservé car cette hausse du PIB ne se traduit pas encore de façon concrète dans les dépenses des consommateurs. «Beaucoup d'incertitudes demeurent, en particulier sur le plan de l'emploi. Il faut attendre encore quelques mois pour être sûr que la reprise est bien là.»