Etre acquis ou acquérir, telle est la question pour Serono, qui a demandé à Goldman Sachs d'«explorer diverses alternatives stratégiques». La multinationale genevoise ne se satisfait plus de son statut de moyen poisson dans un aquarium dominé par des géants toujours plus puissants.

Le statu quo, c'est-à-dire le maintien de la Serono actuelle, entreprise de 5000 personnes détenue aux deux tiers par la famille Bertarelli, signalerait un embourbement.

Les choses pourraient aller très vite, puisque la banque américaine aurait fixé la fin janvier comme délai pour recevoir les offres. Quel type d'offres? Serono comme sa banque conseil n'en ont soufflé mot. Envisagent-ils la vente de l'ensemble du capital au plus offrant? Un retrait de la Bourse après rachat des actions disséminées dans le public par un partenaire financier? La fusion ou l'acquisition d'un autre groupe de biotechnologie?

Entre Noël et Nouvel An, la SonntagsZeitung a rapporté, en citant des sources non identifiées, que le rachat de l'ensemble de Serono par Novartis ne butait plus que sur une question de prix. Les parties intéressées n'ont pas voulu commenter. Le groupe bâlois aurait offert 1050 francs par action. La famille Bertarelli soutiendrait une offre publique d'achat (OPA) à ces conditions pour les 38% du capital flottant, mais exigerait 1200 francs par action pour sa participation majoritaire. Ce traitement différencié est inéquitable, mais légal en Suisse.

L'appréciation continue de l'action depuis deux mois accroît la pression sur les acheteurs potentiels. Le titre cotait moins de 850 francs début novembre avant que l'on apprenne que Goldman Sachs avait été chargée d'étudier l'avenir du groupe. Il a coté jusqu'à 1075 francs mardi, soit une progression proche de 27%. Serono affiche une capitalisation boursière de 16 milliards de francs, dont près de 10 milliards reviennent à la famille Bertarelli.

«Dans une optique de pure gestion patrimoniale, c'est le bon moment de vendre», estimait un ancien cadre de Serono en novembre dernier. Après trois ans de hausse des Bourses, le marché des acquisitions est porteur et Serono affiche des chiffres solides. Pour Credit Suisse, ses coûts de fonctionnement relativement élevés offrent des perspectives attrayantes d'économies pour un acquéreur de grande taille. Autrement dit, une telle acquisition pourrait être très douloureuse pour l'emploi.

Ces synergies éventuelles masquent les échéances plus fondamentales, mais relativement éloignées, dont dépend l'avenir de Serono. La sortie de deux nouveaux produits attendus pour nourrir la croissance est programmée pour 2008 seulement. Leurs chances de réussir les derniers tests cliniques avant commercialisation sont estimées à moins de 60%. En 2009, Serono devrait lancer un successeur au Rebif dont le brevet expire en 2011. Ce traitement contre la sclérose en plaques génère près de la moitié des ventes. C'est la vache à lait du groupe. Il alimente un important budget de recherche et développement: 24% du chiffre d'affaires environ.

Après son arrivée à la tête de la société en 1996, Ernesto Bertarelli a renforcé le département de recherche, notamment à travers des acquisitions externes et des alliances avec des jeunes pousses de biotechnologie. De nouveaux domaines thérapeutiques ont été abordés, comme le cancer et la dermatologie. Une dizaine d'années plus tard, durée moyenne pour développer un médicament, l'heure du bilan approche. Les spécialistes sont circonspects.

Le «pipeline» de nouveaux produits est trop mince pour intéresser de grands groupes pharmaceutiques, estiment de nombreux analystes. A défaut de se faire acheter, Serono devrait alors acquérir une autre société au «pipe-line» mieux rempli. Le problème est que la majorité des grandes pharmas, elles aussi confrontées à ce problème de «pipe-line», chassent depuis longtemps sur le même territoire. Prochain article: révolution culturelle chez Microsoft