«Le dernier exercice a été le meilleur de notre histoire», lançaient fièrement Marcel Ospel et Peter Wuffli en introduction du rapport d’activité 2006, rendu le 21 mars 2007. Avec un bilan gonflé de produits financiers liés au marché hypothécaire américain, sûre de sa force, UBS fonçait alors vers son naufrage. C’est peut-être sur les décisions prises durant cette année 2007 que se jouera l’épilogue du scandale. Le refus de la décharge au conseil d’administration et à la direction générale d’UBS prononcé mercredi implique que les 21 membres du conseil d’administration et de la direction générale, dont au premier chef Marcel Ospel, Peter Wuffli, Marcel Rohner et Raoul Weil, pourraient devoir répondre à titre personnel aux éventuelles prétentions civiles d’actionnaires lésés.

«60 millions par conseiller!»

A ce titre, 2007 est d’abord l’année durant laquelle s’est joué le drame des «subprime». Les investisseurs pourront reprocher à l’ancienne direction de ne pas avoir réagi à temps, et d’avoir cherché à masquer l’exposition de la banque plutôt que d’admettre ses mauvais paris. Les conséquences du vote touchent aussi à l’autre versant de l’affaire UBS, celui de la fraude fiscale aux Etats-Unis. Ses origines remontent à la fusion SBS-UBS en 1998, puis aux accords fiscaux signés en 2000 avec le fisc américain. Mais 2007 recèle aussi son lot de décisions aux implications dramatiques. Cette année-là, le chef de la gestion de fortune pour les Amériques, Martin Liechti, fixait de nouveaux objectifs d’affaires à ses équipes de banquiers offshore actifs aux Etats-Unis. «Nous sommes passés de 4 millions de francs par an et par conseiller en 2004 à 17 millions en 2006. Nous devons augmenter encore nos ambitions et atteindre 60 millions par conseiller!» écrivait-il dans une note interne qui allait être remise, quelques mois plus tard, par Bradley Birkenfeld aux autorités américaines. D’anciens cadres de la banque affirment aujourd’hui que la direction connaissait et approuvait cette stratégie, aussi agressive qu’illégale sur le marché américain.