Cela ne s’était plus vu depuis 1959: le niveau global des prix a baissé l’an dernier en Suisse. Sous l’effet conjugué de la crise, qui empêche les entreprises et les distributeurs d’augmenter leurs tarifs, et surtout de la chute des cours du pétrole jusqu’à la fin du printemps, l’inflation s’est inscrite à –0,5% en moyenne 2009, contre 2,4% en 2008, a indiqué jeudi l’Office fédéral de la statistique (OFS).

En rythme annuel, les prix ont régressé de manière continue entre mars et novembre. Spectaculaire pour l’essence, le diesel ou le mazout, la chute des prix a aussi concerné, de manière moins marquée néanmoins, une large palette de produits alimentaires allant des salades à la viande de bœuf. «Reste que les prix sont repartis à la hausse en décembre, avec un renchérissement de 0,3% sur un an. Cela montre que nous ne sommes pas dans une situation déflationniste», note Jan Amrit Poser, économiste à la banque Sarasin. «La baisse annuelle des prix en 2009 résulte quasi uniquement de l’effet pétrole, qui est passé de 147 dollars en juillet 2008 à environ 35 dollars au début 2009. L’inflation de base, hors énergie et alimentation, reste positive [+0,5% en décembre sur un an]. Pour l’heure, la baisse des prix ne s’inscrit pas dans la durée», abonde Bernard Lambert, économiste à la banque Pictet & Cie.

L’épouvantail japonais

Déflation, le mot fait peur. Les banques centrales ne cachent pas que le flot de liquidités qu’elles continuent à mettre à la disposition des instituts financiers a notamment pour objectif d’éviter un scénario à la japonaise. Un pays où les autorités monétaires ne sont jamais parvenues à relancer durablement la croissance et les prix depuis la crise du début des années 1990. Au point que l’Archipel vient récemment de sombrer à nouveau dans une spirale baissière, comme l’a récemment déploré le gouvernement de Yukio Hatoyama.

«Un risque de déflation subsiste» en Suisse, lâchait la Banque nationale (BNS) il y a moins d’un mois, dans sa dernière appréciation de la situation économique et monétaire. L’institut d’émission «se focalise surtout sur l’évolution des prix en Suisse, où ils pourraient rester sous pression en raison des énormes capacités de production inutilisées, du chômage et de la stagnation des salaires», relativise Bernard Lambert, qui reconnaît cependant que l’inflation de base pourrait tourner autour de 0% d’ici à quelques mois. Sur le fil du rasoir, le renchérissement pourrait alors sombrer rapidement en zone négative en cas de nouvelle récession.

Des perspectives divergentes

«Mais ce n’est pas notre scénario, nous pensons que la croissance est désormais bien installée. Les plans de relance américains et européens portent leurs fruits, et la Suisse sort de cette crise dans une situation beaucoup plus favorable qu’on pouvait le craindre», se réjouit Bernard Lambert.

Chez Sarasin, Jan Amrit Poser est plus prudent. Il estime que la croissance va ralentir en Suisse dès le deuxième trimestre et que l’économie pourrait finir l’année sur une possible stagnation. Un retour de la récession ne peut pas encore être exclu, et le risque de déflation non plus.