Pour un pays ouvert sur le monde comme la Suisse, l'avenir dépend de ses exportations, explique Christoph Koellreuter, directeur du BAK Basel Economics. Or quatre secteurs clés représentent 83% des exportations. Il s'agit de la finance (14% de la valeur ajoutée du pays, contre 7% en 1980), des biens d'équipement (8%), de la chimie/pharmacie (3%) et du tourisme (3%). Ces domaines traversent une phase de reprise, qui permettra à la croissance d'atteindre 1,8% cette année et 1,7% l'année prochaine, à condition que le cours du pétrole descende dans une fourchette de 22 à 28 dollars. Même si l'or noir se maintient au niveau actuel, la reprise ne devrait pas trop souffrir, selon les estimations de l'institut de conjoncture bâlois présentées mardi.

Au-delà de 2005 et jusqu'en 2010, le rythme de croissance ne dépassera pas celui de cette année. Il pourrait être inférieur si la Suisse refuse de réformer son marché, estime Christoph Koellreuter. La situation de l'emploi ne devrait s'éclaircir que modérément, avec une augmentation des effectifs de 0,5% par an. Car trois des quatre secteurs clés ne renouvelleront pas leur performance. Leur croissance sera inférieure à la moyenne mondiale et ne contribuera plus à accélérer la progression du PIB. Ce n'est pas une surprise pour le tourisme suisse. Le BAK prévoit la disparition de 1000 à 2000 hôtels sur les 5800 actuels. C'est par contre une déception pour la finance et l'industrie.

 

Un atout: les sciences de la vie

L'exception viendra des sciences de la vie. La croissance de la chimie/pharma dépasse celle de la concurrence mondiale, grâce à un envol de sa productivité depuis 1993 et à une capacité d'innovation supérieure à celle des Etats-Unis et de l'Union européenne.

En dix ans, ce secteur a augmenté de moitié son poids relatif dans l'économie suisse. Cruciale dans le bassin lémanique et dans la région rhénane, elle ne représente que 3,5% de la valeur ajoutée du pays. Et malgré une progression de 4% par an d'ici à 2010, la plus forte de toutes les branches, c'est l'arbre qui cache la forêt. La progression de l'industrie pharmaceutique permettra de créer des emplois, avec modération. Mais cela contraste avec la pharma mondiale, qui réduira ses effectifs.

 

Finance: la déception

Après des années de croissance supérieure au PIB, la finance est rentrée dans le rang depuis que la bulle spéculative a explosé. Aujourd'hui, cet autre secteur clé est en reprise, au même rythme que l'économie suisse. Les actifs sous gestion et les commissions boursières ont rebondi au 1er semestre, mais l'envol semble éphémère. Hier l'indice des actions suisses est tombé à un niveau inférieur à celui du début de l'année. Les effectifs devraient encore diminuer de 2% cette année et de 1% l'an prochain. D'ici à 2010, ses perspectives sont identiques à la moyenne de l'économie. Les conditions-cadres se sont détériorées dans le sens où d'autres marchés se sont davantage libéralisés. En termes de fiscalité et de formation de haut niveau, la concurrence anglo-saxonne est rude. La finance est un secteur de croissance, mais les opportunités se déplacent. Dans le monde, son taux de croissance atteint 4%, mais il descend à 2% en Suisse. D'autres pays prennent davantage de risques, gèrent plus activement leurs dettes. En outre, les personnes riches préfèrent confier leurs fortunes à des établissements locaux.

Enfin, la performance de gestion des banques suisses spécialisées dans le private banking ne se distingue plus de la moyenne. Elle est même inférieure à celle des instituts américains, ajoute Hans Geiger, du Swiss Banking Institute.

La reprise que vit l'industrie suisse des machines devrait se prolonger, mais le besoin d'augmentation de la productivité ne permettra pas d'augmentation des effectifs. Sa croissance d'ici à 2010 ne dépassera pas le PIB. Dans l'industrie, la progression la plus dynamique sera issue des télécommunications, de l'horlogerie, des techniques médicales, de l'optique, plutôt que des machines et de la métallurgie. La contribution des secteurs de la nouvelle économie est trop faible, comparativement aux Etats-Unis ou même à nos voisins, pour jouer un rôle significatif.