encadré

«Les multinationales peuvent vite s’en aller»

Selon Martin Naville, la Suisse doit mieux accueillir les entreprises

Le Temps: Une récente étude du Boston Consulting Group basée sur des entretiens avec 50 directeurs montre un déclin de l’attrait pour la région Vaud-Genève. Les transports publics, l’insécurité, la fiscalité et le logement sont les principaux soucis des dirigeants. La situation vous inquiète-t-elle?

Martin Naville: Nous avons étroitement participé à cette étude. Dans l’absolu, la Suisse romande reste attractive par rapport à d’autres pays, mais elle comporte moins d’avantages qu’il y a dix ans. Les multinationales américaines sentent l’incertitude des milieux politiques. A Genève, elles ne savent plus vraiment si elles sont les bienvenues, si des immeubles seront construits pour accueillir leurs employés. Elles doutent des «avantages fiscaux» dont elles pourraient bénéficier. Dans ce contexte, la Suisse est en concurrence avec d’autres pays. Si les multinationales estiment qu’elles ne sont plus les bienvenues, elles partiront assez rapidement. On sait qu’en Suisse romande, il faut trois à cinq ans pour réaliser des changements politiques. S’ils n’interviennent pas maintenant, il sera trop tard. La région Vaud-Genève vivra alors des moments très difficiles. A Genève, près de 25% du produit intérieur brut est généré par des entreprises étrangères. En dix ans, leur proportion est passée de 12 à 22%. Un mouvement inverse peut se produire très rapidement. Dans le contexte du franc fort, l’enjeu exige beaucoup d’efforts des politiques pour maintenir la compétitivité de leur région. N’oublions pas qu’un ingénieur coûte à Munich 40 à 50% de moins qu’en Suisse.

– Les multinationales américaines présentes en Suisse depuis des décennies, comme Procter & Gamble, vont-elles rester?

– Je ne peux vous parler de cas en particulier, car chaque entreprise est confrontée à différents problèmes. Pour Procter & Gamble, qui emploie plus de 3000 collaborateurs à Genève, la question n’est pas de rester ou de partir, mais de savoir où le prochain projet avec 60 employés sera développé, voire quelle équipe pourrait être transférée ailleurs. Les multinationales évoluent et se restructurent très rapidement, mais je ne crois pas que des mesures aussi drastiques que celles prises par Merck Serono seront envisagées. Il s’agit d’un cas particulier. Pour le groupe pharma, il n’est pas rationnel de disposer de deux centres mondiaux.

– Comment la Suisse peut-elle améliorer sa compétitivité?

– L’environnement fiscal doit être plus sûr, l’accueil meilleur. Les infrastructures doivent être améliorées, l’immigration de personnes hautement qualifiées hors Union européenne facilitée. Il faudrait comprendre les problématiques dans leur ensemble, plutôt qu’elles restent séparées dans un certain nombre de départements des gouvernements cantonaux. De plus, Genève et Vaud doivent plus collaborer. Les problématiques du logement, des transports, des infrastructures et de l’éducation ne peuvent être résolues uniquement par Genève.

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