Automobile

En Suisse, il se vend plus de Dacia «low-cost» que de Porsche ou de Seat

Une voiture neuve sur cinquante est de la marque d’entrée de gamme de Renault. L’histoire rappelle celle de Toyota et précède peut-être celle de Tata

L’image de l’automobiliste suisse amateur de grosses cylindrées en prend un coup. Non pas que l’Helvète sur roues soit en train de se détourner des Audi, BMW, Mercedes ou autres Golf tout équipées. Non, le marché suisse conserve ses particularités, par exemple son rapport au moteur diesel. Bien qu’il soit en progression dans le pays, il ne concerne encore qu’un tiers des véhicules vendus, contre plus de la moitié en Europe.

Il est par contre un point, au moins, pour lequel les conducteurs suisses rejoignent leurs congénères européens: ils se ruent sur les voitures à bas prix. Et notamment sur la tête de pont de ce créneau, la marque Dacia.

En sept ans, la part des ventes mondiales de ces véhicules d’entrée de gamme (de 8000 à 15 000 francs, environ) a grimpé de 0 à 30% dans les comptes de son propriétaire, le groupe Renault. En Suisse aujourd’hui, une voiture neuve sur cinquante est un modèle sorti d’une des onze usines «hors France» (Roumanie et Maroc, notamment) du constructeur français. En six ans – les Logan, Sandero et Duster sont commercialisées en Suisse depuis 2006 –, Dacia a atteint 1,9% de parts de marché (chiffres à fin septembre).

En 2011, 6205 nouvelles Dacia ont été immatriculées dans le pays. Et déjà plus de 4000 sur les neuf premiers mois de 2012. «Une success story», ne se prive pas de souligner Laurent Burgat, représentant de Renault Suisse, présent mercredi à Marly (FR), à l’occasion de la conférence de presse d’inauguration du nouveau centre Renault (lire ci-dessous).

1,9% de parts de marché, c’est à comparer aux 10,5% du leader incontesté, Volkswagen, ou aux 5 à 6% de Renault. 1,9%, c’est surtout mieux que Seat (1,8%), Mitsubishi (1,7%), Porsche (0,7%) ou Alfa Romeo (0,7%).

Ce qui semble être une réussite surprenante dans un marché suisse particulièrement exigeant n’en est en fait pas une, selon Andreas Burgener, directeur d’Auto-suisse: «La première histoire de ce genre a eu lieu avec l’arrivée de Toyota. Et ­celle-ci ressemble furieusement à ce qu’a fait VW avec Skoda, remarque le représentant des importateurs suisses. Si l’on se reparle dans dix ans, on pourra sans doute évoquer le même destin pour les voitures chinoises ou indiennes, comme les Tata.»

Une marque «low-cost», Toyota ne l’est plus depuis longtemps. Au fil des ans, le constructeur japonais, leader mondial, a fini par concurrencer, voire dépasser les modèles traditionnels. Alors à terme, Dacia ne risque-t-il pas de faire de même, et de cannibaliser une partie des ventes de Renault?

Andreas Burgener trouve que le groupe travaille «très bien» à faire en sorte que la cible de clientèle ne soit pas la même. «Outre les différences de prix, le management jongle bien l’innovation technique dans les Renault et la promotion de techniques reconnues dans les Dacia.» Autre signe de cet effort: dans le nouveau centre Renault de Marly, où un quart des vingt-cinq voitures exposées seront des Dacia, il y a deux entrées distinctes, deux expositions distinctes, deux enseignes distinctes.

«Dacia permet à Renault de conquérir une autre clientèle que celle de Renault», ajoute son nouveau responsable. Rudolf Widmer souligne aussi que les acheteurs de Dacia font souvent ainsi leur entrée sur le marché du véhicule neuf. De profil type, il n’y en a point. «Nous pensions que la Sandero s’adressait aux jeunes, mais les retraités se montrent très intéressés», sourit-il.

Depuis cette année, Dacia s’adresse directement aux familles, avec son nouveau monospace, le Lodgy. Peu probable qu’il vienne toutefois détrôner le best-seller, le Duster, qui représente pour l’heure 44% des ventes de Dacia. «La catégorie 4x4 séduit incontestablement», remarque Andreas Burgener, d’Auto-suisse. «Comme le prix est avantageux, les clients se font plaisir avec les options et les accessoires», relevait l’an dernier dans GHI le responsable de Renault Retail Group (RRG) Léman.

Comme quoi, même dans le «low-cost», les automobilistes suisses n’occultent pas complètement leurs exigences habituelles.

Renault travaille «très bien» à faire en sorte que la cible de clientèle ne soit pas la même, à éviter le cannibalisme

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