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La start-up lausannoise TawiPay a développé un outil pour faciliter la vie des migrants

Le comparateur de frais de transfert de fonds vient d’être lancé. La start-up espère offrir plus de transparence et réduire ainsi les frais

Chaque année, des millions de migrants envoient des milliards de dollars à leurs proches restés dans leur pays d’origine. En 2012, ces montants ont dépassé les 400 milliards de dollars. Or ces transferts sont lourdement pénalisés par des intermédiaires de type Western Union. Selon la base de données Send Money Africa de la Banque mondiale, les frais moyens de transfert depuis l’étranger direction l’Afrique subsaharienne ont atteint 12,4% en 2012, un taux supérieur à la moyenne mondiale (8,96%) et près de deux fois plus élevé que le coût des transferts de fonds vers l’Asie du Sud (6,54%).

Depuis leur plus jeune âge, François et Pascal Briod, deux étudiants lausannois, ont été sensibilisés à cette problématique. «Nous avons créé en 1998 avec mes cousins et cousines une association pour soutenir le développement d’un petit village au Cameroun. La première année, nous avions récolté 180 francs en vendant des pâtisseries et en économisant sur notre argent de poche, se souvient Pascal Briod. Lorsqu’il a fallu transférer cet argent en Afrique, nous avons été surpris par les frais de plus de 10% appliqués par Western Union.»

Les années ont passé. L’association de Pascal et François Briod existe toujours. Les deux frères, âgés aujourd’hui de 23 et 25 ans, se sont associés à d’autres étudiants, des ingénieurs et des financiers pour créer cette fois la start-up TawiPay. «Les rencontres se sont déroulées lors du dernier Startup Weekend à Lausanne», explique Pascal Briod, qui partage son temps entre sa nouvelle société et ses activités au sein de la fondation Antenna à Genève, engagée dans la recherche et la diffusion de technologies adaptées aux besoins des pays en développement.

TamiPay a développé un comparateur en ligne permettant de trouver le meilleur moyen d’envoyer des petites sommes d’argent à des personnes sans compte en banque dans les pays en développement. Ce moteur de recherche permet de comparer les frais appliqués par les différentes entreprises spécialisées dans le transfert de fonds ainsi que les coûts de conversion. «Il y a beaucoup de petits acteurs aux côtés de Western Union, MoneyGram, Xoom ou Skrill. On en répertorie près de 500», précise Laurent Oberholzer, cofondateur de TawiPay et étudiant en mathématiques financières à l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich.

Sur le site de TawiPay, on constate, par exemple, que sur une somme de 200 dollars en direction de la Serbie, son bénéficiaire n’en touchera dans les 3 à 5 jours que 193 en passant par Skrill. La somme sera réduite à 174 et 164 dollars dans l’heure qui suit en choisissant respectivement MoneyGram ou Western Union.

Le site, lancé il y a un peu plus d’une semaine en français et en anglais, est pour l’instant proposé en version bêta. Ses capacités sont encore limitées. Seule la somme de 200 dollars peut actuellement être introduite dans le système. En outre, plusieurs pays manquent encore dans le moteur de recherche. La Suisse n’est, par exemple, reliée qu’au Sri Lanka et à la Serbie. «Nous allons sans cesse améliorer notre site afin qu’il soit le plus exhaustif possible, souligne Laurent Oberholzer. TawiPay puise pour l’instant ses informations dans la base de données libre d’accès de la Banque mondiale. En une semaine, nous avons déjà enregistré 500 visiteurs et 2000 recherches.»

TawiPay espère, grâce à cette plus grande transparence, participer à une diminution des frais de transfert et améliorer le quotidien des populations vivant dans les pays en voie de développement.

La Banque mondiale évalue à pratiquement 60 milliards de dollars les envois de fonds effectués par 30 millions de migrants africains. «Pour la majorité des 120 millions de bénéficiaires en Afrique, cet argent est une source de revenus supplémentaire déterminante qui permet souvent un meilleur accès aux soins et à l’éducation», souligne Pascal Briod. Le fait de ramener le coût des transferts à 5% du montant – l’un des objectifs du G8 – restituerait 4 milliards de dollars aux migrants africains et à leurs familles.

Pour Massimo Cirasino, responsable des services d’infrastructure financière et d’envoi de fonds à la Banque mondiale, tout se joue au niveau de la concurrence et de la transparence. «Les pouvoirs publics devraient prendre des mesures pour ouvrir le marché des envois de fonds à la concurrence, explique-t-il dans un communiqué de presse. Une concurrence accrue, ajoutée à une meilleure information des consommateurs, peut contribuer à abaisser les tarifs des transferts de fonds.»

A la recherche de fonds externes, TawiPay planche désormais sur la façon de générer des revenus. «Nous espérons obtenir des commissions lors de paiements en ligne, via notre moteur de recherche. Nous sommes actuellement en contact avec quelques sociétés de transfert de fonds», explique Pascal Briod, qui recherche des fonds externes pour faire connaître TawiPay dans les milieux des migrants. «Ce sont souvent des populations très interconnectées. Nous misons beaucoup sur le bouche-à-oreille.»

«Ramener le coût des transferts à 5% restituerait 4 milliards de dollars aux migrants»

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