«Nous ferons 10% du chiffre de YouTube»

Le Temps: Avec la vente de Kelkoo, dont vous déteniez 3% des parts, vous êtes devenu instantanément riche. Comment avez-vous réagi à cette nouvelle situation?

Pierre Chappaz: J’ai eu une impression mitigée, car ce site était un peu mon bébé. Avoir beaucoup d’argent n’a pas changé ma vie. J’ai fait une pause, mais je suis trop passionné par Internet pour prendre ma retraite. J’ai donc lancé Wikio, qui a été intégré dans Teads.

– Vous consommez énormément d’infos? Que lisez-vous?

– Je lis une centaine d’articles par jour: dans la presse, mais aussi sur des blogs spécialisés dans le marketing et la publicité en ligne. C’est d’ailleurs ce qui m’a poussé à créer Wikio, car à l’époque, Google News n’était pas très performant. Cet agrégateur de contenus visait à comprendre de quoi le Web 2.0 parle et à le rendre visible: par exemple quand un blogueur sortait un scoop. Mais Google nous a liquidés en décidant de ne plus recenser nos contenus. Il a fallu créer autre chose.

– Vous utilisez aujourd’hui l’expérience de Wikio pour sonder l’avis des internautes sur les marques?

– Exactement, et nous répercutons l’information aux marques.

– Mais que peuvent-ils bien dire d’intéressant?

– Ils commentent les produits. «Je l’ai essayé c’est super, c’est meilleur que X, ou c’est moins bon que Y.» C’est intéressant en termes de marketing.

– La question de la visibilité de la pub sur Internet est votre spécialité. Qu’est-ce qui change dans ce business?

– Diffuser une publicité sur Internet ne signifie pas qu’elle sera vue. Les marques payent parfois pour du vent. Dans la vidéo, c’est pareil. Il faut donc des solutions plus fiables.

– Ebuzzing and Teads est basé au Luxembourg. Pourquoi pas en Suisse?

– La société s’est développée en intégrants d’autres entités, telles que Wikio et Teads. Or, les rachats en Europe sont beaucoup plus compliqués à gérer si l’on est basé en Suisse.

– Comment fonctionne le groupe à l’international?

– Le fondateur d’Ebuzzing, Bertrand Quesada, est à New York. Loïc Soubeyrand, qui a créé Teads, est à Montpellier. Chaque pays a sa filiale. Nous sommes 320 en tout, dont 100 développeurs informatiques.

– Quelle est votre plus haute ambition?

– Tout entrepreneur veut changer le monde dans son domaine. Kelkoo a amené une nouvelle façon de comparer les prix. Nous voulons devenir des leaders mondiaux au niveau de la publicité vidéo sur Internet. En 2014, nous aurons fait 10% du chiffre d’affaires de YouTube, qui est de 1 milliard de francs suisses.

– Au-delà de la compétitivité et des affaires, avez-vous un autre but, disons plus fondamental ou éthique?

– Avec Wikio, j’ai cherché à inventer un service dédié à des passionnés d’information comme moi. Changer la pub, est-ce une activité moins noble? Je le fais au bénéfice des médias, qui ont pour moi une grande valeur. Et c’est gratifiant d’y contribuer dans un écosystème qui se développe vite.

– Lisez-vous la presse papier?

– Oui, je lis du papier! Le Temps , mais pas tous les jours, et aussi des hebdomadaires comme L’Hebdo , L’Express , Courrier international . Et je lis tout ce qui me tombe sous la main sur Internet.