Le pouls de la place

En 2015, privilégier le «bottom-up» de qualité

En cette période préparatoire des Fêtes, les marchés nous donnent-ils vraiment des raisons d’aborder 2015 en toute sérénité? se demandent les experts genevois en investissement

En 2015, privilégier le «bottom-up» de qualité

En cette période préparatoire des Fêtes, les marchés nous donnent-ils vraiment des raisons d’aborder 2015 en toute sérénité? se demandent les experts genevois en investissement

La thématique du prix du pétrole semble occuper le devant de la scène, occasionnant les analyses les plus extrêmes sans atteindre de consensus. On justifie la chute vertigineuse des prix du baril par un déséquilibre entre l’offre et la demande. L’offre a été largement incriminée, continuant d’accumuler les productions des trois principaux acteurs du marché: dans l’ordre les Etats-Unis, l’Arabie saoudite et enfin la Russie, tous se refusant à réduire leur production sous prétexte de perdre des parts de marché. Les théories du complot se construisent dans ce contexte sans savoir qui est le principal instigateur. Alors que la chute se poursuit, la demande devient le point de mire: croissance mondiale faible, indicateur précurseur de ralentissement marqué, craintes sur la croissance de la Chine, principal importateur de pétrole, ou encore remise en fonction de centrales nucléaires japonaises. Même si les perspectives dans ce domaine ne sont pas consensuelles, les attentes de redressement des prix du pétrole à 90 dollars le baril pour fin 2015 relèvent sans doute d’un vœu pieux.

Quoi qu’il en soit, ce potentiel catalyseur de problèmes dans les marchés financiers ne concentre pas le débat des stratégistes sur la croissance attendue pour 2015. Dans les pays développés, les Etats-Unis et dans une certaine mesure le Royaume-Uni retrouvent une croissance endogène entretenue par l’amélioration des facteurs internes. La chute des prix de l’énergie libère du revenu pour les particuliers et réduit les coûts des entreprises, le tout en faveur d’un regain de croissance. C’est également le cas pour le Sud-Est asiatique, où de nombreux pays sont importateurs nets de pétrole.

Ces mouvements sur les matières premières relancent pourtant le débat sur la politique monétaire, les anticipations d’inflation et les perspectives des marchés financiers dans le contexte d’une désynchronisation des actions monétaires. Après avoir interrompu son programme de rachats de titres obligataires, la Fed pourrait se lancer dans un resserrement monétaire: très marginal en 2015 selon le consensus des stratégistes genevois, mais pourtant symboliquement important puisqu’il marque la fin d’une politique de taux zéro menée depuis décembre 2008.

Au Japon et dans la zone euro, pourtant, les banques centrales sont encore au stade de l’injection massive de liquidité avec rachats d’actifs, même si la BCE reste réticente à l’achat de titres gouvernementaux. Les effets avérés et immédiats se sont déjà révélés à travers les devises, avec en particulier l’appréciation du dollar contre toutes devises: la poursuite du mouvement est d’ailleurs attendue par l’ensemble des stratégistes. Par ailleurs, ce contexte monétaire continuera d’engendrer des performances très dispersées, à l’intérieur même des secteurs. Les thèmes directionnels, délaissés en 2014, ne devraient pas être privilégiés en 2015, même si une orientation vers une prise de risque accrue peut se justifier par une exposition plus cyclique sur certains marchés, notamment sur les marchés américains.

Le sentiment reste pourtant partagé concernant les marchés émergents qui présentent des atouts de valorisation largement reconnus mais ne convainquent pas dans leur globalité. Dans cet environnement d’incertitude monétaire et, disons-le, de cherté des actifs financiers, les stratégistes genevois s’accordent pour privilégier la diversification au sein même des classes d’actifs (bottom-up), car la recherche de titres de qualité prime sur l’orientation des marchés. Par ailleurs, la distinction régionale peut à nouveau s’avérer judicieuse pour générer de la performance dans la mesure où les différents régimes monétaires et d’inflation peuvent changer les corrélations entre les actifs similaires mais de régions différentes, et ce d’autant plus que les importants mouvements sur les changes devraient persister en 2015.

Dans ce contexte de volatilité retrouvée, ce nouvel exercice d’allocation d’actifs est délicat et il nous fournira très probablement nombre de surprises et de déceptions, mais une fois de plus l’analyse fondamentale et le discernement devraient porter leurs fruits. L’Association des stratégistes de Genève (ISAG) vous souhaite une fructueuse année 2015.

Association des stratégistes d’investissement de Genève (ISAG)

Un redressement des prix du pétrole à 90 dollars le baril pour fin 2015 relève sans doute d’un vœu pieux

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