L’invité

Initiative «Monnaie pleine»: protéger la Suisse des crises financières

Plutôt que de subir, saisissons cette occasion pour innover, pour rendre notre système financier plus stable afin de le remettre au service de l’économie réelle. Renouons avec nos aïeux qui, par un vote populaire en 1891 déjà, avaient interdit aux banques d’imprimer des billets

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«Monnaie pleine»: protéger la Suisse des crises financières

Si vous pensez que le système financier fonctionne bien; si ni le «bail-in», ni les intérêts négatifs sur vos comptes en banque ne vous font peur; si vous estimez que les 30 000 pages du Dodd-Frank Act, réformant Wall Street, et Bâle III ont réglé les problèmes systémiques des banques; qu’il est normal de dépenser plus de 14 000 milliards de dollars pour sauver les «too big to fail» (TBTF); que les banques centrales, grâce à leurs intérêts négatifs et à leurs milliards de «quantitative easing» (QE), ont la situation sous contrôle, et que, somme toute, le Forum de Davos a tort de penser que les «inégalités grandissantes» sont le plus gros «risque global»; si vous pensez ainsi, l’initiative «Monnaie pleine» ne saurait vous intéresser. Si, en revanche, vous vous dites que le Prix Nobel Maurice Allais savait de quoi il parlait quand il disait: «Particulièrement significative est l’absence totale de toute remise en cause du fondement même du système de crédit tel qu’il fonctionne actuellement, à savoir la création de monnaie ex nihilo par le système bancaire», l’initiative «Monnaie pleine» vous offre l’occasion de changer la donne.

Milton Friedman (autre Prix Nobel) et aujourd’hui les analystes du FMI voient dans la production autonome de monnaie par le crédit bancaire (env. 90% de la monnaie en circulation) la cause principale des crises systémiques à répétition. Et puisque la majorité des crises économiques sont d’abord des crises financières, il est temps d’agir.

L’initiative «Monnaie pleine» propose une solution simple, facile à mettre en place et réalisable en Suisse indépendamment de ce que font les autres pays. Pour comprendre la réforme «Monnaie pleine», imaginons que chaque banque ait deux départements, l’un de gestion et l’autre d’investissement. Le département de gestion ne travaillerait qu’avec des billets de banque réels qui seraient conservés dans des boîtes individuelles marquées du nom des clients auxquels ils appartiennent; le département de gestion ne ferait que les garder et exécuter des ordres, notamment de paiement; il transférerait aussi les billets au département d’investissement quand le client veut investir ou mettre de l’argent sur un compte d’épargne. Quant au département d’investissement, il continuerait à faire tout ce que les banques font actuellement sauf (1) la gestion des paiements et (2) il ne pourra faire du crédit qu’avec l’argent qu’il aura auparavant reçu à cette fin du département de gestion, d’une autre banque ou de la BNS. Cette modification simple déconnecterait le système des paiements du circuit épargne-crédit et signifierait la fin définitive des problèmes systémiques et du TBTF.

C’est le retour du Glass-Steagall Act, me direz-vous. Bien vu! Mais en mieux et en plus simple, car l’initiative «Monnaie pleine» prévoit de sortir les dépôts à vue du bilan des banques. Ils ne feront plus partie du patrimoine bancaire et, partant, de leur masse en faillite. Ces dépôts seront transformés en monnaie de la banque nationale, en Monnaie pleine, 100% sûre, comme s’il s’agissait de billets de banque. D’un point de vue comptable, la place laissée vide au passif des banques par la «disparition» du poste «dépôts clients» (gérés désormais hors bilan) sera remplacée par une obligation de la banque envers la BNS. Rappelons que la BNS aura repris les obligations des banques envers les déposants. Dès lors, lorsqu’un client remboursera son crédit, la banque pourra soit réutiliser les fonds rendus, soit rembourser son prêt auprès de la BNS, en fonction de la politique de la BNS. Les taux d’intérêt ne seront plus le seul moyen qu’a la BNS d’influencer les marchés, elle pourra directement agir sur la masse monétaire en fonction des besoins des marchés.

Et non, cette réforme ne créera aucune pénurie de crédit. Si l’épargne naturelle ne suffit pas, les banques pourront emprunter auprès de la BNS. Et non, la création du franc ne peut pas se déplacer à l’étranger. C’est une impossibilité économique, la situation n’étant en rien comparable à celle de «l’Euro-dollar» des années 70.

Par contre, une pression plus forte sur le franc serait possible. Mais la BNS en a l’habitude et pourrait prendre, comme maintenant ou dans le passé, des mesures adéquates. Tous ces sujets sont traités sur le site internet de «Monnaie pleine»: www.initiative-monnaie-pleine.ch.

C’est un sujet difficile et un débat indispensable. Signer l’initiative, qui n’a aucune couleur politique, c’est s’assurer que le débat aura lieu. La Suisse a dû avaler pas mal de couleuvres ces derniers temps. Plutôt que de subir, saisissons cette occasion pour innover, pour rendre notre système financier plus stable afin de le remettre au service de l’économie réelle. Renouons avec nos aïeux qui, par un vote populaire en 1891 déjà, avaient interdit aux banques d’imprimer des billets.

* Ancien avocat, aujourd’hui mécanicien vélo, Genève

Puisque la majorité des crises économiques sont d’abord des crises financières, il est temps d’agir

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