Sport

Les fédérations sportives rapportent 1 milliard par an à la Suisse

Un rapport publié jeudi calcule l’impact économique de 45 organisations sportives sur sol helvétique. Commandée par le Comité International Olympique (CIO) et les autorités vaudoises, l’étude tend à mieux légitimer la présence d’entités au statut souvent critiqué

Le Comité international Olympique (CIO) veut marquer le coup. Il célèbre son centenaire en terres lausannoises et pour l’occasion, en association avec la ville de Lausanne et le canton de Vaud, il a commandé un rapport sur la contribution économique des fédérations sportives basées en Suisse. Un calcul qui prend en compte six exercices, de 2008 à 2013, et qui conclut que les organisations sportives internationales (OSI) rapportent plus d’un milliard de francs par année à l’économie locale.

Le rapport de l’Académie Internationale des Sciences et Techniques du Sport (AISTS), diffusé jeudi, à la veille d’une journée de cérémonies et de réjouissances au Musée Olympique, est en fait l’aboutissement d’un projet débuté en 2004. Cette année-là, l’AISTS, une fondation spécialisée dans la formation des dirigeants sportifs, avait déjà commencé à réaliser un exercice similaire. Mais à une moins large échelle.

Cette fois-ci, l’étude est d’une ampleur inédite. Elle regroupe les données financières de 45 organisations, représentant 2150 employés (contre 1860 en 2008). Parmi celles qui ont été sollicitées – celles qui comptent une réelle présence physique dans le pays – seul le Centre International d’Étude du Sport (CIES), basé à Neuchâtel, n’a pas répondu aux questions du sondage lancé en 2013.

Parmi les répondantes figurent les dernières arrivées, comme l’IJF (le judo, à Lausanne depuis 2013) ou l’IGF (le golf, à Lausanne depuis 2011). Mais aussi les incontournables CIO, UEFA, FIFA, UCI (le cyclisme, à Aigle) et FIS (le ski, à Oberhofen, au bord du lac de Thoune). Ou encore la FIVB (le volleyball) et le Tribunal arbitral du sport (TAS), tous deux basés à Lausanne. Comme leur grand frère, le CIO.

Ce n’est d’ailleurs pas une surprise: le Canton de Vaud, qui compte 36 OSI sur ses terres, est de loin la région qui profite le plus de cette présence, puisque 550 millions de francs sont injectés dans son économie chaque année, selon l’AISTS. Une petite moitié des employés des OSI travaille par ailleurs dans le seul district de Lausanne.

Sur 1,07 milliard de francs de contribution totale, 640 millions de francs (60%) sont à considérer comme un impact dit «induit». Ce chiffre correspond aux dépenses engendrées par l’utilisation du revenu des entreprises et des résidents locaux ayant été rémunérés par des OSI. L’AISTS est également parvenu à la conclusion que chaque franc dépensé en Suisse par une organisation sportive créée 1,55 franc pour son économie. Le rapport laisse aussi clairement entendre que les seuls CIO, FIFA et UEFA sont de loin les plus grands contributeurs de ces résultats.

Le chiffre final a beau être plus élevé que les estimations préalables. L’AISTS insiste sur la prudence de sa méthode de calcul. Elle ajoute que son rapport «se cantonne à mesurer l’impact direct du sport, sans tenir compte des impacts plus larges sur d’autres secteurs», écrivent leurs auteurs, Claude Stricker et Amandine Bousigue, respectivement directeur et responsable de projet à l’AISTS. En d’autres termes, le bénéfice économique réel généré par ces fédérations est probablement plus élevé.

Aussi exhaustive soit-elle, cette publication échoue néanmoins à répondre à une grande question. Celle de la contribution fiscale des OSI, si souvent critiquées parce qu’elles bénéficient d’un statut spécial en Suisse. L’impact de leurs impôts, ainsi que de ceux payés par leurs employés (40 millions en 2013), est inclus dans le total, ­répond l’AISTS. Mais il concerne surtout le paiement de la TVA, puisque les bénéfices de ces associations ne sont pas imposé, rappelle Claude Stricker.

A l’issue de cet exercice, son principal auteur estime que ces résultats permettent de montrer que les fédérations sportives ont un réel effet économique sur la région qui les accueille. Qu’elles ne sont pas, comme le public et certains politiques aiment à le croire, de simples machines à engranger du cash à l’échelle internationale.

C’est aussi l’avis de Jean-Pierre Mean, l’ancien président de Transparency International en Suisse, aujourd’hui membre de son conseil consultatif: «Il est positif de constater que les efforts des autorités pour que le pays devienne un pôle mondial du sport ont des effets concrets sur l’économie locale». Néanmoins, «cette contribution ne doit pas nous dissuader de mettre en place une législation appropriée pour ces organisations», ajoute-t-il, en référence au projet de loi visant à «poursuivre d’office les cas de corruption dans le secteur privé».

Ce dossier, en discussion aux Chambres fédérales, concerne notamment les fédérations sportives – pour ne pas dire la FIFA – et les scandales qui planent parfois sur les conditions d’attributions des grandes compétitions qu’elles organisent. «Le fait que ces entités soient aussi ancrées dans la région qui les abrite doit au contraire nous encourager à leur offrir une législation appropriée. Ce n’est pas un avantage pour elles si certains les soupçonnent de profiter d’une lacune dans le droit suisse», conclut Jean-Pierre Méan.

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