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Les futures crises écologiques et alimentaires inquiètent les géants du négoce agricole

A Lausanne, les leaders du commerce agroalimentaire ont lancé un cri d’alarme: la catastrophe menace si leur industrie ne se convertit pas d’urgence au développement durable

Nourrir 9 milliards d’hommes en 2050: le défi qui inquiète les traders

Matières premières Les géants du négoce de produits agricoles veulent devenir durables

Réunis en sommet à Lausanne, les leaders du secteur ont lancé un cri d’alarme

La question est un poncif dans les conférences où se pressent les grands dirigeants d’entreprise: «Quel est le problème qui, en ce moment, vous tient éveillé la nuit?» Pour les négociants en produits agricoles, la réponse est simple: c’est la perspective d’une crise alimentaire mondiale, doublée d’une catastrophe écologique, avant même le milieu du siècle.

«Comment va-t-on faire pour nourrir deux milliards d’êtres humains en plus d’ici à 2050? Sans détruire la planète en cours de route? Je ne sais pas comment on va y arriver», s’inquiétait le directeur financier d’un négociant en céréales genevois l’automne dernier.

Le sujet était de nouveau à l’ordre du jour cette semaine à Lausanne, où se tenait le sommet organisé par le Financial Times sur les matières premières. «On ne peut pas attendre le point de non-retour. Le moment pour agir, c’est maintenant», a lancé David McLennan, le président-directeur général de Cargill, un géant américain du grain basé à Genève.

Devant le gratin de l’industrie réuni au Beau-Rivage Palace, les négociants en denrées alimentaires ont rivalisé de prédictions apocalyptiques. La production américaine de maïs et de blé pourrait décliner de 40% d’ici au milieu du siècle à cause du réchauffement climatique, a averti David McLennan. Pour couvrir elle-même sa future consommation de soja, la Chine devrait y consacrer pas loin de la moitié de ses terres agricoles, a prédit le président de l’entreprise d’Etat Cofco, Ning Gaoning. Et, à part en Afrique, les réserves de productivité dans l’agriculture sont largement épuisées, estime Sunny Verghese, le président d’Olam, un marchand singapourien d’oléagineux.

Pour ces géants de l’agrobusiness, le défi est le même: produire plus de nourriture, sans augmenter l’impact écologique de l’agriculture. «Il faut changer nos sensibilités. La durabilité doit devenir une part intégrante de notre business», a déclaré Sunny Verghese.

Très critiquée par les ONG – Olam pour la déforestation en Afrique, par exemple –, l’industrie du négoce alimentaire s’est lancée dans une profusion d’initiatives destinées à verdir son image: Chocovision pour les producteurs de cacao, la Déclaration de New York contre la déforestation, signée par Cargill l’an dernier ou encore la table ronde sur l’huile de palme durable (RSPO). Dans le cas de l’huile de palme, la pression des ONG sur les entreprises a été une «bonne chose», a estimé le patron de Cargill, car elle a fait reculer la déforestation causée par cette industrie au Brésil, en Indonésie et en Malaisie.

L’objectif est désormais d’aller plus loin que ces initiatives sectorielles, en développant des chaînes de production 100% durables, de la ferme au consommateur final. Ce qui implique des études d’impact environnementales soignées, une attention à la biodiversité, un dialogue avec les communautés locales… «Est-ce qu’on y est? Non», a admis Suzanne Larsson, cheffe du secteur des matières premières agricoles chez ABN-Amro.

Parmi les autres pistes évoquées pour nourrir l’humanité ces prochaines décennies, les intervenants du sommet de Lausanne ont évoqué la libéralisation du commerce agricole, la réduction des subventions publiques au secteur (350 milliards de dollars par an dans les pays de l’OCDE), la baisse du gaspillage alimentaire… Et le fait de manger moins: le monde compte déjà 1,9 milliard de personnes en surpoids.

«Il faut changer nos sensibilités. La durabilité doit devenir une part intégrantede notre activité»

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