Tourisme

Les séjours humanitaires sont devenus une activité lucrative pour les voyagistes

Le marché de la bonne conscience pèserait quelque deux milliards de francs. L’ONG britannique Tourism Concern dénonce une supercherie.

Les séjours humanitaires sont devenusune activité lucrative pour les voyagistes

Tourisme Le marché mondial de la bonne conscience pèserait quelque 2 milliards de francs

Pour l’ONG Tourism Concern, il y a lieu de parler de supercherie

Il n’aura fallu qu’un jour. Au lendemain du séisme du 25 avril dernier au Népal, Projects Abroad proposait déjà de participer à des programmes de reconstruction. Spécialisée dans le volontariat international, la société organise des missions ne nécessitant «aucune qualification particulière» pour les jeunes dès 16 ans.

Visiter le monde tout en le sauvant? C’est en substance ce que proposent ce type d’agences spécialisées dans les voyages humanitaires ou le «voluntourism», selon la contraction anglophone.

Le secteur est en plein développement. L’agence de voyages suisse STA Travel dispose, elle, d’offres combinant vacances et assistance aux populations indigènes, pandas ou autres tortues. Un tel séjour tout compris durant moins de deux semaines. La porte-parole de l’agence confirme une hausse de la demande pour les «séjours responsables» tout en disant reverser, dans certains cas, «jusqu’à 70% du prix du séjour dans le cadre du projet», sans préciser de minima.

Le volontariat n’est en effet plus l’apanage exclusif des organismes à but non lucratif. Les offres de voyages humanitaires se sont multipliées ces dernières années. Souvent, en version onéreuse. Chaque année, plus de 1,6 million de personnes participent à ces séjours.

C’est l’un des secteurs à plus fort potentiel de l’industrie du tourisme. En 2008, le marché avait été évalué entre 1,6 et 2,4 milliards de francs par l’association Atlas qui a mené l’étude la plus complète à ce jour. Coût moyen du séjour: 2800 francs suisses. Le développement de ce secteur a interpellé l’organisation britannique Tourism Concern, qui milite pour des pratiques plus responsables en matière de voyages. «Il y a trente ans, les gens effectuant ce type de séjours étaient des professionnels qualifiés, comme des médecins. Ils partaient avec des organismes de bienfaisance. Mais les firmes commerciales ont flairé le filon, regrette Mark Watson, son directeur. Dans l’industrie du tourisme les marges sont de 2-3%. Ici, on atteint facilement 30 à 40%. C’est une niche très lucrative. Les gens sont prêts à payer des milliers de francs.»

Projects Abroad est l’une de ces firmes. Fondée dans le tournant des années nonante en Angleterre, elle est aujourd’hui l’une des plus grandes organisations de volontariat payant avec 200 programmes disséminés dans 27 pays. Chaque année, elle envoie plus de 10 000 volontaires dans des missions humanitaires. Principalement des jeunes.

Mark Watson dénonce une supercherie: «L’idée qu’à 20 ans on puisse arriver dans un pays complètement différent et montrer aux gens comment s’en sortir a quelque chose d’impérialiste. Ces expériences sont souvent une perte de temps, des vacances hors de prix. Les volontaires construisent des bâtiments qui doivent parfois être détruits et reconstruits de manière adéquate la nuit.»

Pour le directeur de Tourism Concern, le développement du volontariat international est contre-productif: «L’Afrique ne manque pas de main-d’œuvre non qualifiée. En favorisant le travail gratuit, on prive certains locaux de leur emploi. Plus grave encore, dans le cas du travail en orphelinat, ces séjours favorisent le trafic d’enfants. Au Népal, certaines structures sont gérées comme des entreprises.» A Katmandou, on compte plus d’orphelinats que dans toute l’Europe. La plupart de ces institutions sont concentrées dans les zones fréquentées par les touristes, dénonce l’ONG Next Generation Nepal. Contactée à plusieurs reprises cette semaine, Projects Abroad n’a pas été en mesure de répondre à ces critiques. Sur son site, elle affirme verser 19% de ses recettes dans la mise en place et le suivi de projets.

Du côté de la fondation à but non lucratif suisse Nouvelle Planète, on tient à se démarquer de ces pratiques. Son directeur Philippe Randin rappelle: «Le but n’est pas que nos participants construisent une école ou concrétisent leur propre projet. Nous nous inscrivons dans la durée. Nos camps estivaux visent à rapprocher des populations différentes, à sensibiliser les participants.»

Le directeur confirme avoir reçu des demandes pour des séjours au Népal mais a préféré décliner «même si cela pouvait être intéressant financièrement». «Nous n’allons pas nous précipiter dans un pays parce qu’il y a eu une catastrophe. Nous n’avons pas de partenariat au Népal. Nous ne sommes pas outillés pour y aller.»

«Les volontaires construisent des bâtiments qui doivent parfois être reconstruits la nuit»

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