Combien de temps faudra-t-il encore pour qu'un nombre équitable de femmes parvienne au sommet des cercles décisionnels de l'entreprise? Des décennies, si l'on en croit une récente étude américaine, menée par des professeurs de la Tuck School of Business à Darthmouth.

Les chercheurs ont analysé les hauts échelons hiérarchiques des 1000 plus grandes entreprises basées aux Etats-Unis, ce qui inclut de nombreuses multinationales, afin d'évaluer le nombre de femmes qui pourraient potentiellement atteindre le sommet. Le résultat est accablant.

Présence symbolique

En plus de démontrer l'absence totale de femmes cadres supérieures dans 48% des plus grandes entreprises américaines, l'étude révèle que leur présence n'est que symbolique dans la majorité des autres: seules 7,2% des sociétés interrogées avaient plus de deux femmes à des postes de direction, et à peine 2,6% en comptaient plus de trois. Sur la base de ces données, les chercheurs estiment ainsi que le pourcentage de femmes CEO sera de 6,2% en 2016, ce qui reste très peu, même si ce pourcentage équivaut à plus de trois fois le niveau actuel qui se situe, lui, à 1,7%

«On ne peut pas expliquer cette lenteur de manière absolue. Ni pourquoi certaines entreprises font nettement mieux que d'autres», déplore Constance Helfat, coauteure de l'étude et professeure à la Tuck School of Business. Ce que les chercheurs constatent en revanche, c'est qu'il y a de plus en plus de femmes au niveau du management moyen. Ce sont elles qui devraient bientôt grossir les rangs des membres de la direction, et pourquoi pas dans un troisième temps investir les sièges de CEO? «Mais pour cela, l'entreprise doit s'assurer que les femmes disposent d'opportunités de carrières, qu'elles font partie des réseaux informels de l'entreprise et qu'elles bénéficient d'une formation continue», souligne la professeure.

Les auteurs de l'étude relèvent pourtant quelques raisons d'espérer: si les femmes sont sous-représentées en finance, elles sont surreprésentées en comptabilité et dans les métiers juridiques, et se frayent peu à peu un chemin dans les postes de stratégie et dans les technologies d'information. «Pour faire évoluer cette situation, il faut que la volonté soit présente au sommet de l'entreprise, chez le CEO lui-même», conclut Constance Helfat. Quand on sait qu'en matière de recrutement et de carrière les responsables ont tendances à privilégier les profils qui leur ressemblent, il faudra encore s'armer de patience.