Management

La concentration, cet atout majeur au travail

Devenir maître de son attention s’apprend. Comment ne pas se laisser distraire par ces petites pensées qui dévient sans cesse notre attention de l’activité du moment? C'est, en partie, une affaire de neurones, et de motivation

Qui n’a pas vécu cette expérience: devant notre ordinateur, nous commençons à travailler mais une envie soudaine de consulter la météo sur notre téléphone, d’organiser nos prochaines vacances, de sortir acheter du pain ou de faire le ménage nous prend. Terminer la tâche que nous avions commencée n’est d’un seul coup plus la priorité numéro un de notre cerveau. Tout va si vite que nous sommes déjà perdus dans le méandre de nos pensées ou dans une autre action, avant même de nous être rendu compte que nous n’étions plus entrain de travailler. Certains se parlent alors à eux-mêmes pour se forcer à être attentifs – le fameux «concentre-toi!». Pourtant, se fustiger est aussi utile que traiter sa voiture de tas de ferraille lorsqu’elle peine à avancer. De l’avis des neurologues il est bien plus efficace, pour résoudre un problème, d’en comprendre l’origine précise. Que se passe-t-il donc dans notre cerveau?

Dans son livre «Le cerveau funambule», Philippe Lachaux nomme PAM – pour «Propositions d’Actions iMmédiates» mais aussi parce qu’elles s’apparentent aux SPAM qui saturent nos messageries électroniques – ces petites sonnettes d’alarmes qui encombrent sans cesse notre vie mentale et nous intiment l’ordre d’interrompre notre activité pour passer à autre chose. Notre cerveau, explique-t-il, est sans cesse confronté au dilemme suivant: dois-je continuer de faire ce que je suis entrain de faire ou passer à autre chose?

Anticiper ce que nous allons ressentir

Pour résoudre ce problème, il utilise un système de neurones sentinelles. Celles-ci évaluent «constamment et automatiquement l’intérêt de tout ce que nous faisons, pensons, ou percevons, en fonction des risques encourus ou des bénéfices immédiatement escomptés», étant précisé que ces neurones ont auparavant enregistré dans leur mémoire ce que nous avons déjà ressenti chaque fois que nous avons failli par exemple ne pas rendre un rapport à temps ou interrompu notre travail pour une activité plus agréable. Cette mémoire leur permet d’anticiper ce que nous allons ressentir, selon le principe que les mêmes causes produisent souvent les mêmes effets. «Notre amygdale participe au sentiment d’angoisse déclenché par la perspective de ne pas rendre un rapport à temps, et le fameux circuit de récompense anticipe le plaisir d’interrompre son travail pour lire le journal ou boire un délicieux cappuccino», résume Philippe Lachaux.

Aidés par notre circuit de récompense, il nous est naturellement plus facile de nous concentrer sur une activité qui nous passionne. Mais lorsque le travail devient rébarbatif ou lorsque notre intention est mal définie ou faible – c’est-à-dire lorsque nous ne hiérarchisons pas nos priorités – il est très facile de se laisser distraire par une pensée amusante, une envie soudaine ou un souci (peut-être êtes-vous entrain de penser en ce moment même au nombre d’e-mails urgents qui s’accumulent dans votre messagerie pendant que vous lisez cet article?). Aussi est-il indispensable, pour une bonne concentration, de juger l’activité en cours comme temporairement plus importante que les autres. Nous y parvenons parfois, lorsqu’un objectif urgent prend le dessus pour guider sans hésitation l’action et l’attention. Le journaliste soumis à une deadline serrée parvient non seulement à s’extraire mentalement de la salle de rédaction bruyante pour se focaliser sur son papier mais résiste aussi à la tentation d’interrompre son travail pour jeter un coup d’œil sur Facebook.

Idée: prononcer mentalement le mot «PAM»

Mais sans contrainte de temps pour nous obliger à terminer la tâche commencée, comment atteindre ce que le psychologue Hongrois Mihály Csíkszentmihályi nomme l’état de flow, cet état attentionnel optimal où tout paraît facile et où nous évoluons sans effort ni crispation dans une certaine plénitude? «Puisque notre concentration s’envole sous l’effet des PAM, commençons par les remarquer avant qu’elles aient le temps de captiver l’attention», conseille Philippe Lachaux.

Prononcer mentalement le mot «PAM» lorsque survient une pensée parasite permet d’atténuer son effet distracteur. «C’est une manière de reconnaître qu’une captivation de notre attention est sur le point de se produire, et d’introduire une petite pause dans ce processus. Cette pause, aussi courte soit-elle, laisse le temps à notre système stratégique d’évaluer l’importance réelle de cette alerte.» Dessiner une petite croix sur un papier chaque fois que l’on se déconcentre est une autre alternative.

Des avantages du mode fractionné

Autre astuce: passer à un mode «fractionné». En effet, fragmenter les longues tâches complexes en petites missions simples (lire un paragraphe ou un e-mail, aligner cinq idées par écrit, trouver une adresse, etc.) de quelques minutes – l’expérience montre qu’au-delà de cette durée les PAM ressurgissent – aide à rester concentré.

«C’est un moyen de réussir régulièrement tout ce que l’on entreprend et stimuler ainsi le circuit de récompense, (ce qui maintient) notre motivation tout au long de la mission», note Philippe Lachaux. Car les minimissions nous donnent la satisfaction d’avoir «coché une case – le fameux «ça, c’est fait» – sur la longue «to do» liste», étant précisé que le circuit de récompense est plus sensible à des petites récompenses fréquentes que l’on est sûr d’obtenir qu’à des récompenses plus importantes mais lointaines et incertaines.

Des sources permanentes d’interruption

Eliminer autant que possible les sources de distractions externes peut également aider la concentration. «Avec moins de monde autour de vous et moins d’objets encombrants sur votre bureau, vous réduisez les risques de capture réflexe de votre attention par ceux-ci», analyse Philippe Lachaux.

Certains installent des programmes sur leur ordinateur qui masquent de l’écran les éléments susceptibles de dévier leur attention. A cet égard, les emails constituent une source permanente d’interruption. Définir à l’avance des moments dédiés à leur lecture incite à sortir d’un mode de réaction permanente pour un mode plus panifié. Une position confortable est aussi essentielle, les signaux d’inconfort provenant du corps étant des sources de distraction.

Les experts déconseillent en outre le silence car il laisse le cortex auditif libre de développer ces petites paroles internes que l’on appelle la «petite voix». C’est pourquoi une musique légère, ou le bruit de fond d’un tea-room, peut parfois faciliter la concentration. Si le bavardage mental ne diminue pas, écrire ses tracas permet d’éloigner les pensées parasites, notre cerveau ne sentant plus le besoin impérieux de les garder en mémoire. Enfin, au-delà des innombrables trucs et astuces, la pratique de la méditation reste selon de nombreux experts le moyen le plus sûr pour devenir maître de son attention.

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