Automobile

Berlin veut subventionner les voitures électriques

Le gouvernement et les constructeurs négocient le principe d’une prime à l’achat pour encourager l’achat de véhicules électriques. Mais les expériences passées de subventionnement, dans l’automobile ou le photovoltaïque, ont laissé des traces

Angela Merkel a beau vanter ses mérites à chaque foire ou salon qu’elle visite, la voiture électrique n’intéresse guère les Allemands. Au pays des grosses cylindrées, les ventes de petits modèles électriques ou hybrides, longtemps boudés par les consommateurs, ne décollent pas. Le gouvernement allemand veut désormais passer à la vitesse supérieure en subventionnant leur achat.

Soucieux de combler un retard et de ne pas voir échapper à l’Allemagne un secteur d’avenir, le gouvernement allemand avait initié en 2010 un rapprochement des constructeurs automobiles, de la recherche et des administrations concernées, sous le titre de «plateforme nationale électro-mobilité». Malgré ces efforts, on est loin du but. Les ventes de voitures électriques représentent 0,7% du total, et le modèle le plus vendu au monde ne vient ni de Wolfsburg (siège de VW), ni de Munich (BMW), mais de chez Nissan, au Japon. Le principal marché pour les petits modèles écologiques ne se trouve pas en République Fédérale mais en Chine, où 189 000 voitures électriques ont été vendues en 2015.

Parc électrique marginal

Les chiffres des ventes sont si décevants que le gouvernement allemand a dû renoncer à l’objectif qu’il s’était fixé d’un parc d’un million de e-autos en 2020. A l’heure actuelle, on ne compte que 25 500 véhicules vendus, sur un total de 45 millions de voitures en circulation. «L’Allemagne n’est pas à la hauteur de ses ambitions. C’est le site de production automobile allemand dans son ensemble qui est menacé», résume Stefan Bratzel, le directeur de l’institut spécialisé CAM, dans un document consacré au sujet.

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Constructeurs et gouvernement allemands ont tardivement découvert l’électro-mobilité. A la différence de ses voisins européens, l’Allemagne ne subventionne quasiment pas le secteur: la seule incitation accordée à l’heure actuelle est une exemption de la taxe automobile, exemption dont la durée a même été revue à la baisse au premier janvier dernier, de 10 à 5 ans. Les deux premiers marchés européens, la Grande-Bretagne et la France, accordent de leur côté une prime à l’achat de respectivement 5000 livres (environ 7000 francs) et 10 000,00 euros (environ 11 000,00 francs) lorsque la voiture électrique remplace un moteur diesel de plus de 10 ans.

Nouveau programme d’aides en cours de négociations

Après des mois de longs débats, l’Allemagne devrait prochainement adopter un catalogue de subventions similaire. Représentants du gouvernement et des constructeurs se sont retrouvés mardi autour d’Angela Merkel pour négocier les derniers détails d’un vaste programme de subvention. Selon la presse allemande, l’Etat pourrait accorder une prime de 4000 à 5000 euros à l’achat d’un véhicule électrique, de 3000 euros pour un hybride. Le programme serait en vigueur jusqu’en 2018, après quoi la prime serait ramenée à 3000 euros pour les voitures électriques et 2000 euros pour les hybrides. Les véhicules coûtant plus de 60 000 euros ne seraient pas concernés par ces incitations publiques.

Mais pas question pour Berlin de financer seul la facture de 1,2 milliard d’euros que pourrait coûter un tel programme, d’autant que l’opposition s’émeut de voir l’ensemble des contribuables mis à contribution. «Il serait plus logique de faire payer les propriétaires de grosses cylindrées fortement consommatrices en carburant et polluantes», souligne Oliver Krischer, vice président du groupe parlementaire des Verts au Bundestag.

Mauvaises expériences

L’Allemagne n’a pas que de bonnes expériences avec les subventions à l’industrie. En 2009, le gouvernement avait instauré une prime à la casse de 2500 euros pour l’achat d’un nouveau modèle en remplacement d’un véhicule de plus de 9 ans. Ce mini-plan de relance d’un montant total de 5 milliards d’euros avait rencontré un véritable engouement, avec une explosion des immatriculations de 26% sur un an, suivie d’une longue stagnation des ventes dans le pays.

Dans un autre secteur, en 2013, le gouvernement fédéral décidait de mettre fin d’ici 2018 au programme de subvention des énergies renouvelables, qui a essentiellement profité à l’industrie des panneaux solaires. Avec pour conséquence l’explosion des importations de panneaux solaires de Chine, la faillite du secteur en Allemagne, et une hausse du prix de l’électricité.


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