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Le conseil de stabilité financière doit réguler la crise future et non celle qui s’est déroulée

Dans un contexte de fragilisation de la stabilité financière, les architectes de la régulation financière doivent avant tout identifier les foyers de risques futurs et non ceux qui ont produit la crise précédente

L’histoire de la régulation financière internationale est une histoire de crises financières et de réponses à ces dernières. Les grandes turbulences des marchés ont été le principal moteur qui développa l’architecture financière à l’échelle globale. Howard Davis, ancien directeur de la London School of Economics, la qualifie alors davantage d’un résultat de l’histoire que d’une construction préréfléchie. En effet, plusieurs événements illustrent cette observation: l’élaboration du Glass­-Steagall Act en 1933 après la grande dépression, qui sépare les activités de banque commerciale de celles d’investissement; la faillite de la banque Herkstatt en 1974, qui conduisit à la création du Comité de Bâle sur le contrôle bancaire (CBCB), ou encore, la création du Forum de stabilité financière (FSF) par le G7 dans le prolongement de la crise asiatique en 1999.

De ce fait, de nombreuses institutions et groupes internationaux ont été fondés au fil des crises afin de déployer une plus grande coordination internationale contribuant à la stabilité de l’ensemble du système financier. Plus particulièrement, le Fonds monétaire international (FMI), la Banque des règlements internationaux, le FSF ainsi que différents organismes normalisateurs ont joué à cet effet un rôle essentiel. Ceci fut toutefois insuffisant car la crise financière de 2008 exposa au grand jour les failles de cette structure fragmentée principalement dominée par les régulateurs nationaux et des agences indépendantes; ce qui dévoila la nécessité de créer une institution chapeautant l’ensemble de cette architecture.

C’est dans cette dynamique que les dirigeants du G20 décidèrent, en 2009, d’un renforcement institutionnel du FSF en l’inscrivant dans une nouvelle entité: le Conseil de stabilité financière (CSF). Bénéficiant d’une plus grande légitimité grâce à l’élargissement de sa composition, ce dernier a été mis en place afin de développer et implémenter les réformes et des normes concernant la régulation financière internationale dans le but d’assurer une plus grande stabilité financière. Cet organisme réunit sous un même toit l’ensemble des acteurs de la régulation financière et accroît ainsi la coopération internationale dans un secteur stratégique dans lequel les états rechignent à abandonner une part de leur souveraineté.

Nouveaux foyers de risques

Mais le système financier et monétaire international nécessite de plus grandes réformes car chaque crise est porteuse de la suivante. L’ensemble des institutions financières internationales et plus particulièrement le CSF n’ont vraisemblablement pas suffisamment saisi les opportunités présentées par la crise financière de 2008 pour apporter les réformes nécessaires. Même si sous l’impulsion du G20, le CSF a mené à bien plusieurs réformes notamment dans les domaines des établissements financiers d’importance systémique, des marchés de dérivés ou des systèmes de rémunération des dirigeants des banques, de nouveaux foyers de risques fragilisant la stabilité financière apparaissent depuis quelque temps.

Parmi ces derniers, on trouve, d’une part, l’endettement du secteur privé et des ménages qui menace par ricochet la santé du système bancaire. Après avoir atteint les Etats-­Unis, puis l’Europe, l’excès de dettes semble contaminer les pays émergents dont l’endettement global depuis 2009 est passé de 150% du PIB à 195%. De plus, la dette des entreprises de ces pays a grimpé de moins de 50% du PIB en 2008 à environ 80% actuellement. De surcroît, la Chine, souffrant d’un ralentissement économique, a observé une forte augmentation de son ratio dette/PIB qui est passé de 157% en 2007 à 250% fin 2013 et à 290% au second trimestre 2015. A cela s’ajoute encore la malédiction de l’abondance qui affaiblit considérablement les pays émergents qui ont vu le prix des matières premières massivement chuter.

Une anticipation cruciale

Du côté des Etats-­Unis, nombre d’entreprises procèdent à des rachats de leurs propres actions, financés par de la dette, les conduisant donc à augmenter leur levier. Bien que le secteur financier ait fait des efforts considérables afin de réduire son endettement, une augmentation du niveau global de la dette fait peser une menace latente sur les établissements bancaires.

D’autre part, selon l’ancien directeur du FMI Michel Camdessus, la production non coordonnée de liquidités par les banques centrales à travers le monde devient déstabilisatrice et fragilise l’ensemble du système monétaire. L’inadéquation des masses de liquidités au développement de l’économie mondiale peut s’avérer dangereuse car elle mène à des dévaluations compétitives, à de la mauvaise allocation du capital et à l’aléa moral.

Le CSF, étant devenu en quelque sorte le quatrième pilier de la gouvernance économique mondiale aux côtés du FMI, de la Banque mondiale, de l’Organisation mondiale du commerce, doit s’atteler davantage à contenir le développement des risques futurs et non ceux qui produisirent la crise passée. A la lumière des récentes expériences de la grande récession, il est crucial que les architectes de la régulation financière internationale fassent preuve d’anticipation pour identifier les foyers de risques qui peuvent potentiellement conduire à de nouvelles turbulences sur les marchés financiers. Grâce à sa nature multidisciplinaire et réunissant l’ensemble des acteurs, le CSF devient dès lors la clé pour traverser les futures tempêtes financières en tenant la barre de la stabilité financière dans un contexte économique agité.

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