Forum des 100

Les nouvelles frontières, des opportunités, selon Tidjane Thiam

Pour le patron de Credit Suisse, il faut savoir comment exploiter le potentiel qu’offrent les pays émergents. La clé est de comprendre ces marchés

Essentielle, la notion de frontières l’est aussi pour les banquiers. «Je suis confronté quotidiennement aux nouvelles frontières», a expliqué Tidjane Thiam. Le patron de Credit Suisse, premier orateur du Forum des 100 jeudi, avait déjà abordé la notion de frontière sous un autre angle. Pour avoir été ministre en Côte d'Ivoire, il a rappelé que ces limites sont cruciales pour les gouvernements, et pour le développement des pays.

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Dans son habit de banquier, il voit les frontières moins comme des «contraintes» que comme des «opportunités», des «nouveaux horizons de croissance», dont il faut savoir «comment les exploiter au mieux». Ces moteurs de croissance ne seront autres que les marchés émergents, a prédit le Franco-Ivoirien, installé à Zurich depuis juillet dernier. «Même si la croissance ralentit, les fondamentaux restent sains», a-t-il assuré, citant la Chine, dont il ne faudrait pas «interpréter le ralentissement comme un arrêt de sa croissance». La première économie asiatique affronte certes des problèmes – montagnes de dette, notamment – mais le potentiel et la volonté de lancer des réformes sont importants. En outre, «les Chinois qui arrivent en ce moment sur le marché du travail sont les mieux formés». Après l’amélioration quantitative – les flux des campagnes vers les villes –, la main-d’œuvre est toujours de meilleure qualité.

Autre argument en faveur d’un rattrapage des pays émergents, des marchés de capitaux encore peu développés. «D’un côté, les pays émergents représentent environ la moitié du PIB mondial, de l’autre, ils ne comptent que pour 22% de la capitalisation boursière mondiale», a expliqué le directeur général de Credit Suisse. La banque mise d’ailleurs particulièrement sur ce développement: la capitalisation boursière des entreprises des marchés émergents sera huit fois et demie en 2030 ce qu’elle est aujourd’hui, selon les prédictions de Credit Suisse. L’accumulation de richesse va continuer et, «pour une banque comme la nôtre, il est essentiel d’en tirer parti. Sinon, une autre le fera à notre place», a affirmé Tidjane Thiam.

Reste aussi à savoir comment tirer parti de ces opportunités. Pour le banquier, la clé est de bien comprendre ces marchés. Et l’ancien patron de l’assureur britannique Prudential de citer l’exemple – à ne pas suivre – de Home Depot. La chaîne américaine de magasins d’équipements de maison avait ouvert 12 enseignes en Chine en 2006, qu’elle a fermé six plus tard. Pourquoi? Si bricoler est considéré comme un divertissement en Occident, c’est plutôt un signe de pauvreté de devoir s’en occuper soi-même. Ne pas en être conscient a valu cet échec retentissant au groupe basé dans l’Etat de Géorgie.

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