Rémunérations 

Les dirigeants suisses sont les mieux payés d'Europe

Les directeurs des grandes sociétés européennes ont vu leurs rémunérations progresser de 9,6% l’an dernier en moyenne. Parmi les dix directeurs en tête du classement de HKP Group, cinq sont suisses. Les cinq présidents les mieux rémunérés sont tous issus de Suisse

Les salaires des directeurs des plus grandes entreprises européennes cotées en bourse sont repartis à la hausse en 2015, après avoir stagné l’an précédent. En moyenne, les rémunérations des directeurs des 76 entreprises incluses dans les indices STOXX Europe 50 et EURO STOXX 50, dont huit sont basées en Suisse, ont progressé de 9,6% pour s’établir à 6,5 millions d’euros en moyenne en 2015. C’est moins que les 7,65 millions d’euros perçus en moyenne par les directeurs de l’indice SMI regroupant les 20 poids lourds de la cote en Suisse, selon une étude présentée mercredi par la société de conseil HKP Group.

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Dans le classement 2015, le trio de tête est occupé par Rackesh Kapoor, directeur du groupe britannique de produits d’entretien Reckitt Benckiser qui a gagné 17,8 millions d’euros l’an dernier, suivi par Carlos Brito (14,2 millions), à la tête du brasseur belge Anheuser-Busch et Severin Schwan (14,1 millions) chez Roche. Parmi les dix premiers présidents de directoires les mieux payés en Europe, cinq sont suisses. Outre le patron de Roche, on retrouve Sergio Ermotti (13,1 millions) chez UBS, les deux codirecteurs de Richemont Richard Lepeu (12,67 millions) et Bernard Fornas (10,4 millions) ainsi que Joseph Jimenez (9,8 millions) à la tête de Novartis.

Pas de lien avec la taille des entreprises

Pourtant, la taille des sociétés helvétiques les plus importantes est sensiblement inférieure à celles d’Europe. En moyenne, le chiffre d’affaires réalisé par les sociétés suisses du SMI se situe à 21 milliards d’euros, contre 52 milliards pour celles européennes du Stoxx. Même différence en termes d’effectifs – 53 000 employés en moyenne pour les firmes du SMI, contre 63 000 pour les valeurs européennes. L’écart est moins marqué en ce qui concerne la capitalisation boursière moyenne, à savoir 53 milliards d’euros pour les sociétés du SMI contre 63 milliards pour celle du Stoxx.

La hausse des rémunérations accordées aux grandes entreprises européennes l’an dernier n’est pas corroborée par une amélioration de leur rentabilité. Ainsi, en 2015, les 76 sociétés passées en revue ont dégagé en moyenne un bénéfice net de 2,79 milliards d’euros, contre 3,4 millions un an plus tôt. A l’inverse, leur rémunération moyenne a crû à 6,53 millions, contre 5,96 millions un an plus tôt.

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Devant les médias mercredi à Zurich, Melanie Wagner, experte en rémunérations chez HKP Group et auteure de l’étude, a souligné que la hausse des rémunérations observée l’an dernier s’explique avant tout par le bond important des salaires accordés dans les biens de consommation et la pharmaceutique, alors qu’ils ont baissé dans la finance ou l’industrie. De plus, il faut aussi tenir compte qu’une part toujours plus importante des rémunérations est répartie sur plusieurs années (52% en 2015) plutôt que d’être versée immédiatement. Enfin, les programmes de rémunérations ne dépendent pas que du bénéfice net réalisé mais ils tiennent aussi compte d’éléments qualitatifs.

Les administrateurs suisses choyés

Les rémunérations accordées aux présidents de conseils d’administration des entreprises suisses crèvent le plafond en comparaison européenne. Le montant maximal revient à Peter Brabeck chez Nestlé avec près de 6,1 millions d’euros, suivi par Axel Weber chez UBS (5,34 millions) et Christoph Franz chez Roche (4,2 millions). Parmi les dix présidents les mieux payés d’Europe, six sont suisses. La moyenne pour le SMI se situe à 2,18 millions d’euros, contre 949 000 euros pour les valeurs du Stoxx.

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Comment expliquer de tels écarts? Martin Pfändler, partenaire senior chez HKP, rappelle que le rôle des présidents de conseils d’administration en Suisse diffère de celui d’autres pays comme la France ou l’Allemagne. Chez beaucoup de grandes entreprises helvétiques, être président de conseil est une fonction quasiment à plein-temps, ce qui est loin d’être le cas pour le président d’un conseil de surveillance en Allemagne. S’y ajoute aussi la question de la responsabilité plus importante des présidents suisses vis-à-vis de la marche des affaires d’une entreprise. «En Suisse, un président de conseil d’administration peut, chaque année, ne pas être réélu lors de l’assemblée générale», rappelle le spécialiste de HKP.

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