Automobile

En difficulté, Tesla fait face à trois défis de taille

Malmené en bourse, sous pression à cause d’accidents et de production en dessous des attentes, le fabricant de voitures électriques a beaucoup à prouver

Elon Musk est sous pression. Cette semaine, le directeur de Tesla n’a pas hésité à employer un langage fleuri, via Twitter, pour répondre à un rédacteur de «Fortune». Accusé par le magazine d’avoir caché des informations à ses actionnaires, Elon Musk s’est fendu d’un «BS article» – BS pour «bullshit», avant de publier, plus tard, un long communiqué défendant la stratégie du fabricant de voitures électriques. Mais les nuages s’accumulent au-dessus du concepteur de berlines de luxe.

En une semaine, Tesla a dû faire face à un accident mortel, un second aux circonstances encore floues, à des doutes accrus sur ses capacités de production et une baisse du cours de son action. Ces prochaines semaines s’annoncent décisives.

L’annonce, il y a une semaine, du premier décès, aux Etats-Unis, d’un conducteur ayant activé la fonction de pilotage semi-automatique, avait créé une première onde de choc. L’homme regardait un film alors que sa Tesla Model S n’avait pas détecté la remorque blanche d’un camion sur la route, sans doute à cause d’une forte luminosité.

Cette semaine, «Fortune» affirmait que Tesla avait eu connaissance de cet accident début mai, juste avant que la société et son directeur ne vendent pour 2,3 milliards de dollars d’actions. Et sans en avertir les futurs actionnaires, alors même que Tesla avait auparavant indiqué à la SEC, le gendarme boursier américain, qu’un accident mortel lié à la fonction Autopilot serait «un événement important pour la marque et ses activités». Cette semaine, un deuxième accident, matériel celui-ci, impliquant une Model X en Pennsylvanie, a été annoncé, sans qu’un lien avec Autopilot ne soit encore formellement établi.

«Modèle trop ambitieux»

Ces soucis ont contribué à mettre l’action de Tesla sous pression, avec un repli de 10% depuis le début de l’année, et de 23% sur un an. Mais le fabricant souffre aussi des engagements qu’il peine à tenir. En début de semaine, il concédait n’avoir produit que 18 345 voitures au deuxième trimestre et livré 14 370 véhicules à ses clients, contre respectivement 20 000 et 17 000 unités anticipées. Du coup, l’objectif affiché de produire 50 000 véhicules au deuxième semestre est mis en doute – Deutsche Bank dit ne plus croire à la fabrication de 500 000 voitures dès 2018.

Les analystes de Pacific Crest Securities, spécialisé dans le marché automobile, émettent aussi des doutes sur le Model 3 à bas coût, devisé à 35 000 dollars et qui doit être mis en vente fin 2017: «Nous pensons que ce modèle est trop ambitieux et implique des risques financiers, qui pourraient limiter la visibilité du chemin vers la profitabilité.»

Chiffres rouges

Cette profitabilité pourrait être davantage malmenée encore par la fusion prévue avec le fabricant de panneaux solaires SolarCity. Tesla débourserait 2,9 milliards pour cette acquisition. Mais les deux sociétés perdent de l’argent. Cette semaine, Bloomberg signalait que Tesla n’avait plus affiché de résultat opérationnel positif depuis début 2014 et que le fabricant brûlait actuellement 500 millions de dollars par trimestre. Du coup, sa dette pourrait exploser fin 2016, craint Bloomberg, expliquant que le cash-flow réalisé par Tesla a récemment été nettement moins bon que ce qui avait été prévu.


Lire aussi:

Publicité