Bourses

La Silicon Valley rêve d’une alternative à Wall Street

L’auteur Eric Ries propose de lancer une nouvelle plate-forme boursière. Il estime que les marchés favorisent trop la vision à court terme

Entre Wall Street et la Silicon Valley, ce n’est plus l’amour fou. Si les investisseurs new-yorkais succombent encore de temps en temps à une belle histoire californienne, ils se montrent de plus en plus méfiants et exigeants. Et surtout de plus en plus impatients. A quelques rares exceptions près, ils n’accueillent plus les bras ouverts ces start-up qui ne prévoient pas d’être rentables pendant plusieurs années. Conséquence: le nombre d’introduction en bourse (IPO) de sociétés high-tech chute.

Face ce problème, la Silicon Valley pense avoir trouvé une parade: lancer une nouvelle plate-forme boursière qui valorise davantage les performances à long terme. Le projet est porté par Eric Ries, un auteur à succès connu pour son ouvrage «Lean Startup», best-seller qui a inspiré les pratiques en matière d’innovation de toute une génération d’entrepreneurs. L’idée n’est pas nouvelle mais elle a franchi une étape importante mi-juin avec la création de la société Long-Term Stock Exchange (LTSE).

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Celle-ci a pour mission de mettre sur pied cette nouvelle place de marché, qui portera le même nom. Elle compte déjà une vingtaine d’employés, notamment des ingénieurs informatiques et des responsables juridiques. Et plus de 30 investisseurs la soutiennent financièrement. Parmi eux, Marc Andreessen, le co-fondateur du fonds de capital-risque Andreessen Horowitz, l’un des plus puissants et influents de la Silicon Valley. Ou encore Aneesh Chopra, ancien chief technology officer (responsable de la technologie) au sein de l’administration Obama.

Chute des IPO

«Depuis 1997, le nombre de sociétés cotées aux Etats-Unis a baissé de 45%, fait valoir Eric Ries. De moins en moins d’entreprises décident de s’introduire en bourse et celles qui le font ont tendance à attendre plus longtemps.» Au cours du premier trimestre de l’année, aucune société high-tech ne s’est risquée à une IPO. Cela n’était plus arrivé début 2009, en pleine crise financière. Par ailleurs, les start-up attendent en moyenne huit ans entre leur première levée de fonds et leur IPO. En 2000, ce délai n’était que de quatre ans.

Pour l’auteur, l’explication de ces deux phénomènes est simple. «Les meilleures entreprises actuelles sont effrayées d’entrer en bourse», lance-t-il. Les motifs d’inquiétudes sont en effet nombreux. En particulier, l’obligation de rendre des comptes tous les trois mois. «Les marchés et les médias ne s’intéressent plus qu’aux résultats immédiats, poursuit Eric Ries. Cela crée des pressions pour satisfaire Wall Street plutôt que de se concentrer sur la croissance future.» Peu de sociétés sont épargnées. Et plusieurs patrons ont été poussés vers la sortie, comme Dick Costolo, l’ancien directeur général de Twitter.

Règles différentes qu’à Wall Street

Pour favoriser les objectifs à long terme, le LTSE introduira de nouvelles règles, différentes de celles qui régissent le New York Stock Exchange ou le Nasdaq. Les sociétés cotées sur la plate-forme devront ainsi s’engager à ne pas lier la rémunération de leurs dirigeants aux performances à court terme de leurs actions. Les droits de vote de leurs actionnaires seront par ailleurs proportionnels à leur ancienneté. Autre mesure: des informations supplémentaires sur les investissements, comme les dépenses de recherche et développement, devront être rendues publiques.

Deux obstacles majeurs se dressent devant le LTSE. D’abord, il devra obtenir le feu vert de la Securities & Exchange Commission (SEC), le gendarme boursier américain. Si des discussions informelles ont déjà débuté, le processus pourra prendre plusieurs années avant d’aboutir. La plate-forme alternative IEX attend toujours son autorisation, quatre ans après le lancement du projet. «Créer une nouvelle place boursière requiert d’importantes discussions avec les régulateurs», reconnaît Eric Ries. Pour y parvenir, il mise sur ses relations à New York et à Washington.

Ensuite, le LTSE devra convaincre start-up et investisseurs. Pour les candidats à une IPO, le risque est de ne pas trouver suffisamment d’acheteurs pour leurs titres. Eric Ries a déjà lancé une opération de séduction auprès de jeunes entreprises, susceptibles d’entrer en bourse à moyen terme. L’entrepreneur se dit aussi prêt à accepter une cotation simultanée sur le NYSE ou le Nasdaq. De leur côté, les investisseurs pourraient être refroidis par les règles imposées par l’opérateur boursier. «Plus que tout, ils sont exaspérés par ces équipes de direction qui réagissent de manière disproportionnée à la volatilité des marchés et favorisent le court terme», veut cependant croire Eric Ries.

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