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Des agents de change numériques veulent attirer les frontaliers

Le rapatriement du salaire des travailleurs étrangers reste trop coûteux, constate TawiPay. Le site comparatif recommande de se tourner vers des opérateurs alternatifs

Après les taxis, l’hôtellerie ou les agences de voyages, les bureaux de change seront-ils les prochains à se faire dépasser par de nouveaux acteurs?

B-Sharpe, Telexoo et Currencyfair sont des opérateurs de transfert d’argent en ligne – les deux premiers cités sont basés à Genève – qui sont susceptibles de faire économiser des centaines d’euros par an aux frontaliers. C’est en tout cas le constat établi par TawiPay.

Lire aussi: Le casse-tête bancaire des frontaliers (21.06.2015)

Le site comparatif, fondé en 2015 à Lausanne et spécialisé dans les paiements internationaux, s’est intéressé à un marché spécifique: celui du rapatriement vers la France des salaires en francs suisses – qui pèse plusieurs dizaines de milliards par an.

Fin juillet, TawiPay a publié une étude qui constate d’abord que les opérations de change traditionnelles comportent souvent des frais cachés. «C’est un peu le brouillard. Et j’ai l’impression que c’est l’objectif de certains établissements», résume son fondateur, François Briod.

De 500 et 1000 euros par an

Pour les frontaliers, c’est un enjeu important. Un sondage de TawiPay montre que plus de 90% d’entre eux transfèrent de l’argent vers la France au moins une fois par mois. L’an dernier, une autre étude de l’Observatoire des frontaliers – une collaboration entre Crédit Agricole et le Groupement transfrontalier européen (GTE) – chiffrait à 71% la part de frontaliers qui rapatrient entre 80 et 100% de leur salaire.

Pour ces opérations, il est possible d’économiser entre 500 et 1000 euros par année en choisissant intelligemment son prestataire, promet TawiPay. Et le choix s’est élargi ces dernières années. Des services de transfert en ligne se sont ajoutés aux bureaux de change et aux banques.

Dans un exemple datant du 28 juillet, rapatrier 5000 francs via CurrencyFair ne coûtait que 13 francs, dont 3 francs de frais, «La solution la moins chère du marché, avec un coût total de 0,27% contre 2% pour certains autres.» Ils sont flexibles, bon marché et plus transparents que les banques traditionnelles, affirme le site comparatif.

«Des coûts fixes assez élevés»

Un plébiscite que Bruno Laurent veut relativiser. Le directeur adjoint de la Banque du Léman souligne que «ces opérations ont un coût fixe assez élevé. Cela peut éventuellement être intéressant pour un gros montant. Mais nos clients frontaliers transfèrent en moyenne 3000 francs par mois.»

Le responsable signale par ailleurs que son établissement, installé à Genève depuis 2014 et affilié à la Caisse d’Epargne Rhône-Alpes, n’applique aucuns frais fixes et pratique des taux préférentiels pour les opérations de rapatriement de salaires. En fonction des sommes converties, ses marges évoluent entre 80 et 125 points de base – si le taux interbancaire est à 1,08, les euros sont vendus entre 1,0880 et 1,0925. Dans le marché, la marge standard, elle, se situe plutôt autour des 160 points, compare Bruno Laurent.

Un défaut de légitimité

A son avis, ces plateformes souffrent par ailleurs d’un défaut de légitimité. «Cela peut ne pas être rassurant de devoir transférer son salaire via des intermédiaires sur Internet. De plus, tous les opérateurs ne sont pas régulés. Lorsqu’ils prendront une vraie ampleur, les autorités financières, comme la Finma, devront s’y intéresser. Leurs devoirs réglementaires vont augmenter. Cela aura forcément un impact sur le coût de leur infrastructure, donc sur leurs offres», prévoit Bruno Laurent. François Briod, de TawiPay, précise: «Nous évaluons les opérateurs que nous listons et ils sont reconnus et autorisés par les gendarmes financiers de leurs pays.»

La Banque du Léman ne sent en tout cas pas le souffle de cette concurrence émergente. Sur ses 3000 à 4000 clients frontaliers, «entre dix et quinze personnes», se sont tournées vers ces agents de change d’un nouveau genre, décompte Bruno Laurent.

Selon François Briod, la majeure partie des banques suisses n’a pas encore répondu à ces nouveaux concurrents. Et elles ne le feront peut-être jamais. Parce que de l’avis de certains, notamment du GTE, «les frontaliers sont une clientèle qui n’intéresse pas les banques et qu’elles veulent faire partir».

Souvent considérés comme peu rentables par les banques établies, les frontaliers comptent en tout cas quelques nouveaux courtisans.

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