Etude

Un tiers des banques privées suisses sont en situation de déclin

Selon KPMG, 33% des établissements essentiellement actifs dans la gestion de fortune entrent dans la catégorie des instituts à «faible performance». Le cabinet de conseil anticipe la disparition d’une banque privée sur dix d’ici deux à trois ans

Pas de retour à meilleure situation en vue pour les banques privées. Christian Hintermann, responsable du conseil en matière de services financiers chez KPMG, n’avait pas véritablement de bonnes nouvelles à annoncer jeudi au sujet du secteur de la banque privée. Recul des rendements, érosion des marges, faibles afflux d’argent frais ont dominé lors de la présentation de la dernière étude réalisée par le cabinet de conseil et l’Université de Saint-Gall au sujet de la performance des instituts de gestion en Suisse en 2015.

Lire aussi: L’écart de performance s’est encore creusé entre les banques privées

L’étude, qui se base sur l’analyse des rapports annuels de 87 banques privées (sans les deux grandes banques, ni Pictet, Lombard Odier et Mirabaud), employant près de 25 000 collaborateurs en Suisse, reprend la méthodologie utilisée lors des années précédentes. Celle-ci consiste à répartir les établissements actifs dans le secteur de la gestion de fortune en quatre catégories d'instituts classés selon leur performance. A une extrémité de l’échelle, il y a les établissements qui affichent une forte performance, qui ne sont que 18% du total des instituts analysés; à l’autre extrémité, les instituts dits à faible performance qui cumulent régulièrement des pertes et voient leurs actifs sous gestion reculer constamment. Au milieu, il y a les établissements affichant une performance moyenne dont la situation tend soit à s’améliorer, soit à se détériorer.

10% des instituts menacés d’ici 2 à 3 ans

Les instituts figurant dans la catégorie des banques privées à faible performance («weak performers») sont carrément menacés de disparition, selon Christian Hintermann. Même si sept banques figurant dans cette catégorie lors de l’étude 2015 ont été entre-temps revendues ou liquidées, le processus de consolidation au sein du secteur n'est pas terminé. «Il pourrait y avoir une nouvelle réduction annuelle de 10% par an dans les deux à trois prochaines années», a estimé Christian Hintermann.

L’expert se voit conforté dans ses anticipations formulées les années précédentes. En 2015, l’étude de KPMG avait pronostiqué un recul du nombre de banques de 30% en quelques années. Jeudi, le spécialiste a jugé que cette prévision pourrait même s’avérer être trop prudente étant donné qu’une banque sur dix a déjà quitté le marché en 2015. A fin juillet, KPMG dénombrait 117 banques privées en Suisse, comparé à 123 à fin 2015 et par rapport à un nombre de 181 en 2005.

Cocktail toxique

Pour Philipp Rickert, directeur des services financiers et membre de la direction de KPMG, plusieurs tendances de fonds constituant un «cocktail toxique» vont continuer de rendre la vie difficile aux établissements actifs dans la gestion de fortune. Premièrement, il y a l’environnement économique général, caractérisé par les incertitudes en Europe et dans les marchés émergents ainsi que les programmes visant à encourager la déclaration fiscale des avoirs non déclarés, notamment en Amérique latine, qui conduiront à de nouvelles sorties d’actifs, tout comme le faible niveau des taux d’intérêt. Deuxièmement, le comportement des clients qui hésitent beaucoup à investir et la difficulté à établir des modèles d’affaires où le conseil accordé aux clients serait payant. Troisièmement, l’évolution sur le plan réglementaire rend pratiquement impossible pour les banques privées de miser sur un modèle purement offshore. Les petits établissements, qui n’ont pas la capacité à établir une nouvelle présence à l’étranger, peinent ainsi à recruter de nouveaux clients.

«No new money»

Il en résulte de faibles apports de fonds et une détérioration de la rentabilité. Pour l’ensemble des établissements passés en revue, l’afflux net d’argent frais s’est élevé à 4,3 milliards de francs en 2015, le plus faible niveau observé depuis 2009. Christian Hintermann n’hésite pas à parler de «no new money», plutôt que «net new money», le terme utilisé en anglais pour désigner les afflux d’argent frais. La situation a été plus défavorable pour les banques privées romandes qui ont subi des sorties de fonds correspondant à 3,8% de leurs actifs en 2015, alors que les alémaniques ont tout de même bénéficié d’un léger afflux de 0,7%.

Côté contrôle des coûts, les établissements dits à forte performance s’en sortent relativement bien avec un rapport coûts/revenus situé à moins de 67%, tandis qu’il s’établit à 107% pour ceux faible performance, ce qui signifie que leurs activités ne sont pas rentables. Au final, 27,6% des banques passées en revue ont subi des pertes en 2015, 1% de plus que l’an précédent.

Roland Berger se montre aussi très prudent

Une tendance défavorable qui ressort aussi dans une étude sur le même thème publié mercredi par le cabinet de conseil Roland Berger. Selon celle-ci, près de 50% des banques privées ont vu leurs actifs sous gestion diminuer, voire ont subi des sorties de capitaux en 2015. L’étude, qui a analysé les 60 plus grandes banques privées de Suisse et du Liechtenstein, estimait que les banques privées de taille moyenne (entre 25 et 100 milliards de francs sous gestion) se trouvaient dans la situation la plus difficile, alors que les plus petits acteurs, s’ils sont actifs dans une niche attrayante, avaient de meilleures chances de s’en sortir.

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