L’invité

Les Objectifs de développement durables sont une chance pour les entreprises suisses

Les Objectifs de développement durable (ODD) constituent un ambitieux plan d’action pour la communauté internationale. Une nouveauté par rapport aux précédents Objectifs du Millénaire est l’importance accordée au rôle du secteur privé

On attend des entreprises qu’elles contribuent à relever ces grands défis: assurer la croissance de l’économie, mais aussi réduire la pauvreté, la faim et les inégalités, promouvoir la santé, l’éducation et le travail décent, protéger l’environnement sur terre et sur mer, construire la paix et améliorer la gouvernance des institutions.

Consommation et production responsable

L’ODD 12, Consommation et production responsable, nous interpelle directement: chacun peut agir sur sa consommation. Les plus grands distributeurs suisses, Migros et Coop, l’ont bien compris et proposent depuis des années des produits labellisés bio, vert et équitable. Nestlé publie les résultats de son évaluation d’impact sur les droits de l’homme en Angola, en Colombie ou au Nigeria. Cet effort de transparence inédit aborde des enjeux comme la santé et la sécurité des employés, les droits syndicaux ou les conditions de travail chez ses fournisseurs. Autre innovation à mettre au crédit du géant de Vevey: sa filiale Nespresso a permis les premières exportations de café du Soudan du Sud, contribuant ainsi à la stabilisation de ce pays marqué par les conflits.

Novartis fournit à des gouvernements et à des ONG des traitements contre des maladies non transmissibles au prix de 1 dollar par mois. Ce programme, déjà opérationnel au Kenya et en Ethiopie et qui devrait à terme toucher 60 pays, a été récompensé en juin par le Prix Hermès de l’innovation. De son côté, Roche a conclu un accord avec l’organisation Medicines Patent Pool, soutenue par l’ONU. Grâce à ce partenariat opérant dans plus de 138 pays, les patients ont accès à son médicament contre le CMV, une infection virale touchant les personnes vivant avec le sida, à des tarifs de 90% inférieurs au prix du marché.

Chopard fait oeuvre de pionnier

Dans le monde du luxe, Chopard a fait œuvre de pionnier en soutenant la création de l’Alliance for Responsible Mining en Colombie et en s’approvisionnant en or auprès de communautés d’artisans mineurs certifiés Fairmined. Les banques, traditionnellement enclines à dissocier les affaires et la philanthropie, développent, elles aussi, des produits à valeur sociale ajoutée. Credit Suisse propose ainsi de souscrire à des Higher Education Notes pour financer les études supérieures de jeunes issus majoritairement de pays en développement. Quant à UBS, elle a réussi à lever près de 500 millions de dollars pour son Oncology Impact Fund au profit de la recherche sur le traitement du cancer. Le groupe Zurich, lui, est cofondateur de Blue Marble Microinsurance, un consortium offrant des solutions de micro-assurance dans les communautés vulnérables.

Actif dans un secteur fortement émetteur de CO2, LafargeHolcim collabore avec la start-up américaine Solidia Technologies, laquelle élabore une nouvelle génération de ciment remplaçant l’eau par du CO2 séquestré pour le durcissement du béton, avec à la clé une réduction majeure de l’empreinte environnementale du béton préfabriqué. Le cimentier s’est aussi associé au britannique CDC pour créer l’entreprise 14Trees qui produit un matériau de construction ne nécessitant pas de cuisson, réduisant ainsi les émissions de gaz à effet de serre et le recours à la déforestation dans les pays en développement.

Le groupe ABB se profile sur l’efficience énergétique, les énergies renouvelables et les mesures contre le changement climatique: équipements pour bus électriques à Genève et pour ferries électriques dans la mer Baltique, fermes d’éoliennes offshore en Belgique, lignes à haute tension réduisant les émissions de carbone en Chine, électrification de maisons rurales en Inde ou encore systèmes augmentant le rendement des installations solaires.

Le monde ne peut se passer de la capacité d’innovation

Comment expliquer l’intérêt des entreprises pour le développement durable? Elles veulent répondre à la demande, réduire les coûts, gérer les risques, s’ouvrir de nouveaux marchés, soigner leur réputation auprès de leurs parties prenantes. «Greenwashing», diront certains. Ne soyons pas naïfs: le marketing enrobe aussi les initiatives de durabilité. Le rôle des pouvoirs publics, de la société civile et de la presse est indispensable pour dévoiler les fraudes et donner des impulsions en faveur d’une économie verte et responsable. Mais ne soyons pas cyniques non plus: le monde ne peut se passer de l’efficacité et de la capacité d’innovation des entreprises pour progresser.

Les entreprises suisses sont relativement discrètes lorsqu’il s’agit de démontrer leur impact social et environnemental. On peut y voir l’influence de la culture nationale, empreinte de prudence, de modestie, de pragmatisme, au risque de conduire au silence – le green muting. Mais la Suisse, c’est aussi le souci de la qualité, l’inventivité, l’ouverture au monde, et la chance pour nos entreprises de s’affirmer comme des partenaires moteurs du développement durable.


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