Gestion passive

Que peut-on attendre des investissements socialement responsables (ISR)?

Les investissements socialement responsables sont-ils plus ou moins performants que les autres? Le débat est controversé. Eléments de preuve à l’appui de la première hypothèse

L’importance des socialement responsables (ISR) ne cesse de croître. Leur total s’élève à 21 400 milliards de dollars. L’Europe arrive en tête, avec 13 000 milliards USD, suivie par les Etats-Unis (6500 milliards de dollars). En Suisse, les actifs ISR affichent une hausse de +169% par rapport à 2014, à 190 milliards de francs.

Le processus de constitution de portefeuille le plus communément utilisé est le filtrage négatif, c’est-à-dire l’exclusion de certaines activités. Plus généralement, les placements ISR sont gérés selon l’un des trois principes suivants: i) des critères d’exclusion, ii) une approche «best-in-class» et iii) une valeur minimale (notation minimale) ou une combinaison de ces trois principes.

La valeur ajoutée des styles d’investissement ISR fait toujours l’objet de débats dans le monde académique. D’un côté, les partisans des placements durables avancent que les actifs ISR génèrent de la surperformance. De l’autre, les détracteurs de cette approche soutiennent le contraire.

Un échantillon de données pertinent

La présente analyse entend trier l’ivraie du bon grain. Elle se concentre sur un nouvel échantillon de données de portefeuilles d’actions et d’obligations filtrés quotidiennement selon des critères ISR à travers les régions, sur la période d’octobre 2007 à mars 2016. L’échantillon est d’autant plus pertinent qu’il comprend plusieurs corrections de marché importantes telles que la crise financière ou la crise souveraine européenne.

D’après l’analyse menée, les portefeuilles filtrés selon des critères ISR, à l’exception des actions américaines, présentent tous des estimations d’alpha positives et plus de la moitié affichent moins de risque de marché que les portefeuilles traditionnels. On constate en effet, en appliquant un modèle de régression à un facteur que ces portefeuilles n’obtiennent pas des rendements sensiblement meilleurs ou pires que ceux des portefeuilles classiques. En revanche, dans de nombreux cas, ils présentent un risque légèrement inférieur, avec des bêtas largement inférieurs à 1.

Une analyse de régression étendue réalisée à l’aide de quatre moteurs de rendement supplémentaires permet d’affiner encore le modèle. Les données disponibles obligent toutefois à le limiter aux actions américaines et de la zone euro.

On constate alors que les signes des alphas indiqués restent inchangés. Le portefeuille européen affiche un alpha positif, mais insignifiant, de 1,45%, et le portefeuille américain, un alpha négatif de -0,35% annualisé. Les deux bêtas sont largement inférieurs à 1, ce qui indique une exposition au risque du marché réduite.

Concernant l’exposition des Etats-Unis en particulier, ce risque est sensiblement inférieur, avec un bêta de 0,89. Seules deux saturations factorielles du modèle étendu sont significatives dans le cas du portefeuille américain. A l’inverse, le fait d’ajouter les facteurs actions dans le cas européen ne permet d’obtenir que des saturations factorielles insignifiantes. Dans les deux cas, les valeurs montrent que le modèle reste approprié et les alphas indiqués sont des estimations fiables des véritables rendements excédentaires ajustés du risque.

Un rendement ajusté du risque plus élevé que les placements classiques

En comparant les résultats des deux modèles de régression, il se confirme que les portefeuilles ISR génèrent des rendements attendus similaires à ceux des portefeuilles traditionnels, aussi bien pour le modèle à facteur unique (dans lequel le bêta est le seul facteur de risque) que pour le modèle étendu à cinq facteurs.

Dans les deux cas, les deux alphas sont proches de zéro, confirmant que le processus de filtrage ISR ne génère pas des rendements attendus très différents de ceux des portefeuilles traditionnels. En outre, ces résultats soulignent que ce filtrage ISR réduit le risque global du portefeuille, avec des pondérations de risque de marché inférieures à 1 (dans le cas des Etats-Unis, les rendements sont de 0,89). La raison: les portefeuilles ISR limitent leurs participations dans les sociétés aux activités controversées, qui sont généralement les plus affectées lors de polémiques qui font varier le risque de marché et la performance.

Au final, il apparaît qu’il existe des différences de rendements insignifiantes entre les portefeuilles à filtrage ISR et les portefeuilles traditionnels (non filtrés). En revanche, les investisseurs peuvent escompter des niveaux de rendements corrigés du risque plus élevés que ceux des placements classiques.

Publicité