Banques

Goldman Sachs veut contrer la Silicon Valley

La grande banque d’affaires américaine lance une plate-forme de prêts sur Internet pour les particuliers

Après Wall Street, Goldman Sachs veut désormais conquérir Main Street. Mi-octobre, la banque d’affaires new-yorkaise a officiellement lancé Marcus, une plate-forme de prêts sur Internet à destination des particuliers. Elle se lance ainsi sur un marché sur lequel plusieurs start-up de la «fintech» américaine, déjà présentes depuis plusieurs années, traversent actuellement une mauvaise passe.

Ce service s’inscrit dans le cadre d’une nouvelle stratégie. Fondée il y a près de 150 ans, Goldman Sachs se focalisait jusqu’à présent sur les clients fortunés. La banque n’avait jamais proposé de produit pour le grand public. En avril, elle a fait un premier pas dans cette direction avec GS Bank, qui permet d’ouvrir un compte d’épargne en ligne. Son objectif: diversifier ses sources de revenus, alors que ses profits ont nettement reculé au cours des quatre dernières années.

Sur le papier, Marcus, dont le nom est un hommage à Marcus Goldman, l’un des deux cofondateurs de l’établissement, ne se démarque pas vraiment de la concurrence. La plate-forme permet d’emprunter jusqu’à 30 000 dollars pour une durée comprise entre deux et six ans. Les taux débutent à 5,99% pour les profils les moins risqués. Ils peuvent monter jusqu’à 22,99%. Si ces taux peuvent paraître élevés, ils sont cependant inférieurs à ceux pratiqués par les émetteurs de cartes de crédit.

De fait, le service s’adresse en priorité aux ménages déjà endettés, qui doivent rembourser les achats effectués avec leurs cartes de crédit. «Pour beaucoup, un prêt personnel est une meilleure solution», assure Harit Talwar, le responsable de Marcus. Autres avantages: des taux fixes et l’absence de frais. Le marché est potentiellement immense: dans un pays où les prêts à la consommation sont rares, l’encours lié aux cartes de crédit flirte désormais avec la barre de 1000 milliards de dollars.

Un modèle d’affaires plus rémunérateur

En coulisses, le fonctionnement de Marcus diverge des plates-formes rivales, comme LendingClub, Prosper ou SoFi, en se rapprochant davantage d’une banque traditionnelle: Goldman Sachs prête les sommes placées sur les comptes d’épargne de GS Bank. Chez les concurrents, le financement repose sur des particuliers ou des institutions qui souhaitent investir dans des prêts personnels et toucher en contrepartie des intérêts. Pour se rémunérer, les plates-formes prélèvent des commissions, qui ne dépassent pas les 5%. Grâce à son modèle, Marcus offre ainsi des marges supérieures, tout en étant plus intéressant pour les emprunteurs.

Par ailleurs, le service n’est qu’une activité annexe pour Goldman Sachs, qui a réalisé l’an passé un chiffre d’affaires de 34 milliards de dollars. Pour LendingClub, SoFi et ses autres rivaux de la Silicon Valley, ces prêts représentent l’unique source de recettes. Pour justifier leur valorisation, ces sociétés se sont ainsi engagées dans une course au chiffre, qui les pousse à accepter des emprunteurs au profil plus risqué. Goldman Sachs prévoit ainsi de n’accorder des prêts qu’aux personnes ayant un très bon historique de crédit.

La banque d’affaires espère aussi tirer profit des difficultés rencontrées par ces nouveaux rivaux, notamment depuis le renvoi en mai du fondateur et patron de LendingClub. Plombés par une progression des défauts de paiement, ils ont récemment relevé leurs taux, et doivent faire face à la méfiance des prêteurs. Au deuxième trimestre, le volume des prêts réalisés sur Internet a chuté de 34%, selon les estimations du cabinet Orchad Platform. Une véritable aubaine pour Goldman Sachs.

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