L'invité

L’initiative «Monnaie Pleine» n’a pas peur d’un vrai débat

La monnaie pleine est une variante du «100% money» développée dans les années 1930 notamment par l'économiste Irwing Fischer en réponse à la crise américaine. Cette idée continue de faire école parmi les plus grands économistes

Dans son article du 24 octobre paru dans Le Temps, Philippe Bacchetta torpille l’initiative Monnaie Pleine avec des affirmations qui ferment le débat avant de l’avoir ouvert. Pourtant le professeur HEC déplore que «le débat reste à un niveau superficiel et se limite à une rhétorique politique». On n’aurait pu mieux qualifier la nature de son article. Les initiants lui répondent sans rhétorique.

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L’initiative Monnaie Pleine serait «un changement radical»

La monnaie pleine est un système qui a toujours existé et qui encore aujourd’hui existe sous la forme des billets et des pièces. L’initiative propose d’y inclure également la monnaie scripturale électronique que les banques ont progressivement créée elles-mêmes en profitant d’une lacune de la loi, cette dernière n’ayant pas prévu l’évolution vers les technologies virtuelles. Rien donc de radical, puisqu’il s’agit d’un simple ajustement du système actuel qui concerne exclusivement la création monétaire sans rien changer au reste du commerce bancaire.

L’initiative Monnaie Pleine serait «trop compliquée pour les non spécialistes»

Comparée au système actuel, la monnaie pleine est d’une simplicité exemplaire. Aujourd’hui, nous utilisons deux sortes de monnaies fort différentes sans le savoir, car toutes deux s’intitulent «franc suisse».

La première, seul moyen de paiement légal exclusivement émis par la BNS, se limite aux billets et aux pièces. Il s’agit de monnaie pleine qui contient intrinsèquement sa valeur.

La seconde, exclusivement créée par les banques, est l’argent scriptural électronique qui se trouve sur nos comptes. Il s’agit d’une monnaie vide, car elle n’est que très partiellement couverte par de l’argent légal et n’est en fait qu’une promesse de paiement de la banque au même titre qu’une reconnaissance de dette.

L’initiative Monnaie Pleine simplifie et clarifie les choses en instaurant une seule sorte de monnaie pouvant s’intituler «franc suisse» (les monnaies complémentaires sont autorisées si elles s’identifient clairement comme telles).

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Sans amener aucune nouveauté, l’initiative propose d’étendre le modèle actuel des billets et des pièces à l’argent scriptural électronique. En devenant pleine, cette monnaie électronique aura la même valeur intrinsèque que des billets et ne dépendra plus de la solvabilité de la banque, même en cas de faillite. La complexité du sujet ne réside pas dans le concept de la monnaie pleine, mais bien dans le système actuel, compliqué et opaque.

Le sujet ne serait «pas mûr pour être soumis en votation populaire»

Avons-nous besoin de deux sortes d’argent, le vrai réservé aux banques et un substitut de deuxième ordre pour le public ? L’approvisionnement en argent doit-il être dicté par les intérêts privés des actionnaires des banques, ou par l’intérêt général du pays ? L’argent doit-il être une dette permanente ou ne doit-il pas être une valeur positive permettant de rembourser les dettes ? Que reste-t-il de la souveraineté démocratique sans la maîtrise de la création monétaire ? Voici les questions déterminantes que pose l’initiative Monnaie Pleine, auxquelles chaque citoyen peut répondre sans devoir être un spécialiste.

«Un nouveau médicament nécessite des études préalables»

Les banques centrales ont-elles fait des études préalables pour toutes les mesures de panique qu’elles ont prises ces dernières années ? Baisses du taux d’intérêt, assouplissements quantitatifs, sauvetages, «bail-in», «bail-out», achats d’obligations d’Etats et d’entreprises, taux négatif, etc. Autant d’actions vaines et désespérées qui n’ont permis qu’aux banques de continuer à payer leurs bonus et leurs amendes à hauteur de milliards. Le système actuel est manifestement un échec.

 
L’initiative Monnaie Pleine serait «peu préparée et manquerait de fondement»

 La monnaie pleine est une variante du «100% money» développé dans les années 1930 par Irwing Fischer et d’autres économistes de renommée en réponse à la crise américaine. Loin de se limiter à la situation de cette époque, cette idée a ensuite fait école parmi les plus grands économistes (par exemple Maurice Allais, prix Nobel).

Aujourd’hui, face à l’incapacité du système financier à résoudre la crise mondiale qui dure depuis 2008, plusieurs études récentes et sérieuses proposent la monnaie pleine comme la meilleure alternative pour la stabilité économique et la sécurité financière. Nous citerons: «The Chicago Plan revisited», réalisée en 2012 par le FMI ; «Money Issuance-Alternative Money Systems», le rapport de KPMG-Islande, présenté en 2016 à Reykjavik ; «Monetary reform», publiée en 2015 par Frosti Sigurjonsson. Ces études sont accessibles sur le site de l’initiative-monnaie-pleine.

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