Pétrole

OPEP: les dessous de l’accord historique

Le cartel des pays producteurs de pétrole est parvenu à un accord la semaine dernière, en dépit de la rivalité entre Iraniens et Saoudiens. Les négociations auront permis à la Russie d’exercer son influence

«On peut être rivaux, afficher de forts différends politiques et coopérer malgré tout.» Devant la télévision iranienne, Bijan Namdar Zangeneh ne boude pas son plaisir. Après des mois de rebondissements, le ministre iranien du Pétrole, son homologue saoudien et le reste des délégations de l’Organisation des pays producteurs de pétrole (OPEP) sont parvenus mercredi, in extremis, à un accord visant à réduire la production de pétrole de 1,2 million de barils par jour, à 32,5 millions. Depuis, le cours du baril de Brent a gagné 18%, atteignant lundi 55,02 dollars. Un niveau plus vu depuis 17 mois.

Pour l’Arabie saoudite et l’Iran, deux pays aux positions souvent irréconciliables et qui se livrent une guerre à distance sur les territoires syrien et yéménite, l’accord de l’OPEP est historique. Téhéran – qui sort de trois ans de sanctions internationales – a même obtenu un statut spécial lui permettant d’augmenter sa production de pétrole.

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Riyad fait volte-face

«Une capitulation pour l’Arabie saoudite», réagit Pierre Terzian. Pour le directeur de la revue spécialisée française Pétrostratégie, l’accord de Vienne illustre «l’échec total de la politique de parts de marché» de Riyad qui avait toujours misé sur un gel de la production de pétrole plutôt qu’une diminution. La pression sur les prix n’aura pas permis d’assécher le marché. «Les producteurs de pétrole de schiste américain résistent et sont même parvenus à baisser leurs coûts de production», fait valoir Pierre Terzian.

L’OPEP, qui regroupe 34 à 35% du brut mondial selon l’Agence internationale de l’énergie, n’était par parvenue à un accord de limitation de la production depuis le début de la crise financière de 2008. Entre-temps, les Etats-Unis se sont lancés massivement dans la production de pétrole de schiste et l’Iran a fait son retour sur le marché mondial. Conséquence: le baril de Brent, qui valait plus de 110 dollars en juin 2014, a chuté à moins de 30 dollars début 2016.

Une spirale infernale pour la plupart des producteurs de pétrole. Pour Sophie Chardon, économiste spécialisée dans les matières premières chez Lombard Odier, «les Saoudiens avaient besoin d’air. Depuis deux ans, les faibles cours du pétrole pèsent sur la situation financière du pays. En 2014, il fallait un baril à plus de 100 dollars pour que le budget de Riyad soit à l’équilibre. Aujourd’hui, malgré les coupes, il faudrait encore un cours proche de 80 dollars.»

Le coup de fil qui a tout changé

Mais, pour de nombreux observateurs, c’est bien le «soft power» exercé par la Russie – non-membre de l’OPEP mais grand producteur de pétrole – qui a permis de débloquer la situation. Et notamment un coup de fil lancé à deux heures du matin par le ministre russe de l’Energie rassurant son homologue saoudien sur la volonté de Moscou de suivre le cartel en diminuant sa propre production de 600 000 barils par jour, rapporte Bloomberg. Soit la moitié de l’effort collectif.

Un rôle «d’entremetteur» confirmé par le ministre iranien de l’Energie Bijan Namdar Zanganeh qui a insisté sur une autre conversation téléphonique «clé» entre Vladimir Poutine et le président iranien Hassan Rohani.

Un accord qui tient à quelques barils

«A l’OPEP, les négociations peuvent se résoudre sur ce type de contacts informels, confirme Francis Perrin, directeur de la publication Stratégies et Politiques Energétiques. A un ou deux jours de la fin de la réunion, il restait d’importants points de discorde.» Et d’insister sur la hausse potentielle de la production iranienne: +90 000. Une somme qui est comme un «gel», affirme le spécialiste mais qui évite aux deux pays de perdre la face.

Avant d’arriver à l’accord, il aura encore fallu suspendre l’Indonésie. Le pays, qui importe régulièrement plus de pétrole qu’il en exporte, refusait de couper sa production de 29 000 barils supplémentaires, un taux qui représente 0,03% de la production mondiale. A l’OPEP, c’est sur ces «détails» que se jouent les accords.

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