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Fabienne Lupo: «Est-ce que dans quelques années, le salon ne sera plus qu’une grande vitrine où les clients peuvent essayer des montres pour les acheter en ligne? L’avenir nous le dira.»

Horlogerie

«En 2017, le SIHH s’ouvrira au public»

Le Salon international de haute horlogerie (SIHH) accueillera le grand public dès l’année prochaine durant une journée alors qu’il était jusqu’ici réservé aux détaillants et aux journalistes. Fabienne Lupo, présidente de la Fondation de Haute horlogerie qui organise le salon, détaille encore d’autres nouveautés

C’est un changement de cap, presque de philosophie. Le Salon Internationale de Haute Horlogerie (SIHH), qui se tient chaque année à Genève durant le mois de janvier, sera ouvert au public dès 2017. A l’interne, la Fondation de Haute Horlogerie (FHH, qui organise le salon) parle pour l’heure d’une «journée test» car les clients finaux ne pourront franchir les portes du SIHH qu’un jour sur les cinq que compte le salon.

Lire aussi: Le SIHH va ouvrir ses portes dans un climat difficile

Autre nouvelle, le SIHH va encore grandir. Lui qui rassemblait jusqu’ici essentiellement les marques du groupe Richemont (Cartier, Montblanc, Piaget, etc.) et quelques indépendants (Audemars Piguet, Parmigiani) avait déjà fait un pas en avant cette année en accueillant neuf horlogers et créateurs indépendants.

Il en fera un de plus l’an prochain en réservant notamment un espace à Girard-Perregaux et Ulysse Nardin (groupe Kering), mais également à cinq nouveaux indépendants. Fabienne Lupo, présidente de la FHH, détaille ces nouveautés.

Le Temps: Durant 25 ans, le SIHH n’a été ouvert qu’aux détaillants et aux journalistes. Pourquoi changer aujourd’hui?

Fabienne Lupo: L’idée de s’ouvrir au public était dans nos tiroirs depuis longtemps… En discutant avec les marques, nous avons réalisé que certaines des attentes avaient changé. Jusqu’ici, le SIHH leur permettait essentiellement de concrétiser des ventes auprès de leurs détaillants et de rencontrer les journalistes. Si le contact avec la presse internationale reste primordial, l’on se rend compte en revanche que les marques ont de moins en moins besoin de ce genre d’événements pour confirmer des commandes avec les détaillants. Moralité, nos exposants jugeaient dommage de monter un salon entier sans pouvoir le partager avec leurs clients finaux.

– Pourquoi n’ouvrir qu’une seule journée?

– Pour nous, ce vendredi sera comme une journée test. L’objectif est de sentir l’intérêt du grand public. Sur le plus long terme, nous pourrions imaginer faire déborder le salon sur le week-end et l’ouvrir ainsi davantage aux clients finaux.

– A quel prix sera fixée l’entrée?

– Ce n’est pas encore tout à fait décidé. Mais il devrait tourner autour de 70-80 francs [ndlr: une carte journalière à Baselworld coûte 60 francs]. En outre, nous voulons le faire sur préinscription pour pouvoir limiter le nombre d’entrées. Aujourd’hui, il y a environ 7000 visiteurs par jour. Nous pouvons monter jusqu’à 15 000 visiteurs, mais guère au-delà.

– Cela va considérablement bousculer les habitudes des marques…

– Oui, cela va changer la donne. Certaines marques réfléchissent par exemple à diminuer le nombre de bureaux de vente et à augmenter les surfaces à disposition pour l’accueil. Et transformer leurs espaces en sortes de très grandes boutiques.

– Selon le blog Businessmontres, il y aura également des nouveaux venus en 2017…

– En effet, Girard-Perregaux revient au SIHH auquel il avait longtemps participé. Il faut savoir que la marque chaux-de-fonnière est l’un des membres fondateurs de la FHH avec le groupe Richemont et Audemars Piguet. Après son rachat par le groupe Kering, Girard-Perregaux avait quitté Genève pour Bâle. Mais la marque se sent plus proche du format et de l’audience du SIHH. Et a donc décidé de revenir à Genève.

– Êtes-vous allé les démarcher?

– Non, c’est leur décision. En aucun cas le SIHH est allé les solliciter pour revenir chez nous. Kering nous a approchés et nous a demandé ce que l’on pouvait leur proposer comme espace pour leurs deux marques [ndlr: ils ont racheté Ulysse Nardin en 2014]. Nous avons soumis la proposition au comité des exposants, qui regroupe les représentants de toutes les marques présentes, et elle a été validée.

– Nous avons entendu que vous cherchiez de nouveaux exposants car des marques comme Audemars Piguet ou Richard Mille voulaient réduire leur présence…

– C’est faux. Le salon va s’étendre et passer de 40 000 à 45 000 mètres carrés. Aucune marque n’a prévu de réduire son espace.

– Le Carré des horlogers, qui regroupe les marques indépendantes, va également grandir avec la venue de RJ-Romain Jerome, Grönefeld, MCT, Ressence et Speake-Marin. Comment les avez-vous sélectionnées?

– Comme les neuf premières: la FHH est en voie de finaliser un «Livre blanc» qui a pour objectif de poser les principes fondateurs de la haute horlogerie. Les quarante experts du conseil culturel ont ainsi établi des critères permettant d’évaluer les différents acteurs présents dans la haute horlogerie. Au total, douze marques ont postulé, nous en avons retenu cinq.

– Comment cela fonctionne-t-il? Car certaines marques qui vont vous rejoindre ne fabriquent pas leurs propres mouvements. Et ne sont donc pas des manufactures…

– Il y a bien d’autres critères que le seul mouvement. Nous détaillerons cela en juin lors de la publication de notre livre.

– A Bâle, le mètre carré coûte 1000 francs pour les exposants. Au SIHH, 2500 francs. Comment justifiez-vous cette différence?

– A Genève, les stands des marques sont complètement aménagés par nos soins. En outre, tous les services liés à l’accueil, à la restauration ou à la sécurité sont pris en charge par la fondation. Par ailleurs, nous couvrons les frais d’invitations des 1200 journalistes du monde entier, et nous garantissons aux marques des créneaux pour les rencontrer. Pour résumer, nous offrons des prestations qui ne sont simplement pas comparables avec Bâle.

– A Hongkong, le pendant du SIHH baptisé Watches&Wonder n’aura désormais lieu plus qu’une année sur deux. Selon nos informations, vous vous apprêtez à ouvrir une deuxième antenne de votre salon à Miami, c’est juste?

– Effectivement, nous réfléchissons à nous développer sur le continent américain dans un format qui, comme à Hongkong, sera largement ouvert au public. Cela pourrait peut-être se faire dès 2018. Genève restera toutefois le salon référent, qui donne le la de l’année horlogère.

– Le SIHH grandit à toute vitesse. Y aura-t-il un moment où vous devrez dire «stop»?

– Je pense en effet que l’on arrive à une taille critique. Si l’on veut garder l’exclusivité et la sélectivité qui ont fait le succès du salon, je crois qu’il faut garder cette dimension.

– Alors que répondriez-vous si un grand indépendant comme Chopard ou Patek Philippe vous approchait?

– Et bien disons que ce serait un vrai questionnement. Est-ce que l’on veut étendre le salon au maximum ou est-ce que l’on veut garder nos différences? Personnellement, je pencherais pour l’option la plus conservatrice. Mais la décision finale reviendra de toute façon au comité des exposants actuels.

– Quelles seront les prochaines étapes du développement du SIHH?

– De plus en plus de marques déploient des réseaux de boutiques en propre. Et donc elles ont besoin de connaître de mieux en mieux leurs clients finaux. Le SIHH se doit d’accompagner cette évolution. Est-ce que dans quelques années, le salon ne sera plus qu’une grande vitrine où les clients peuvent essayer des montres pour les acheter en ligne? L’avenir nous le dira.

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