Philanthropie 

Les œuvres d’entraide sont aussi pénalisées par les taux d’intérêt bas

Si les Suisses ont continué d’être généreux en 2016, le faible rendement des marchés financiers a réduit les montants redistribués par les fondations, selon l’organisation Zewo

Récession ou pas, turbulences sur les bourses ou non, les dons versés aux œuvres de bienfaisance augmentent habituellement d’année en année en Suisse. Aussi en 2016 ? Cela n’a probablement pas été le cas, selon les premières estimations émanant d’organisations caritatives et des fondations à but non lucratif. La générosité des Suisses n’est pas en cause, mais le faible niveau des taux d’intérêt. 

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«2016 a certainement été à nouveau une bonne année pour les dons aux œuvres de bienfaisance. Mais il ne faut pas s’attendre à un nouveau record comme cela a été le cas lors des années précédentes», estime Martina Ziegerer, directrice de la fondation Zewo, un service suisse de certification pour les organisations d’utilité publique qui récoltent des dons.

Moins de dons spontanés qu’en 2015

En 2015, les œuvres de bienfaisance en Suisse avaient recueilli plus de 1,8 milliard de francs, en hausse de 103 millions par rapport à 2014, selon un rapport de Zewo. Depuis dix ans, le total des dons encaissés a toujours progressé d'une année à une autre. Selon Martina Ziegerer, deux facteurs pourraient expliquer une absence de progression durant l’année écoulée.

D’une part, il n’y a pas eu en 2016 d’événements extraordinaires aussi marquants que l’an précédant ayant amené les gens à effectuer des dons supplémentaires spontanés d’une même ampleur qu’en 2015. Elle cite le tremblement de terre au Népal ou le début des importantes arrivées de réfugiés en provenance de Syrie.

D’autre part, les contributions des fondations et d’autres organisations sans but lucratif, qui représentent un quart des montants versés aux œuvres de bienfaisance, ont souffert de la baisse des rendements financiers. «Certaines fondations de financement ne peuvent verser que les revenus obtenus grâce à leur fortune. Ceux-ci ont diminué en raison du faible niveau des taux d’intérêt », poursuit Martina Ziegerer.

Helvetas a moins reçu des fondations

Le faible niveau des taux d’intérêt a pénalisé Helvetas, dont un tiers des recettes provient de fondations. Si l’œuvre d’entraide anticipe pour 2016 «une légère augmentation» de ses recettes d’ensemble comparé à l’an précédant, celles-ci devraient être en baisse du côté des dons institutionnels, explique Matthias Herfeldt, responsable de la communication. «En 2016, nous avons reçu moins de contributions de certaines fondations, parfois pas du tout. Motif: les rendements inférieurs aux autres années compte tenu des faibles taux d’intérêt», explique le responsable.

Chez Caritas, le niveau record des dons à hauteur de 34,5 millions de francs réalisé en 2015 ne sera certainement pas réédité. «Le résultat pour 2016 devrait être d’environ 3% inférieur, soit d’environ 33,5 millions. Cela reste un excellent résultat en comparaison sur plusieurs années», estime néanmoins Odilo Noti, responsable de la communication et du marketing. Le faible niveau des taux d’intérêt n’a eu que peu d’impact, étant donné que les contributions des fondations ne représentent que 5 millions, ou 15% du total des revenus chez Caritas.

Amélioration attendue en 2017

Georg von Schnurbein, directeur du Centre d’études de la Philanthropie en Suisse à l’Université de Bâle, se montre plus optimiste pour la nouvelle année. «Pour 2017, il faut s’attendre à des hausses des recettes pour la plupart des fondations, du fait qu’une hausse des taux d’intérêt est généralement escomptée», anticipe le professeur. Il relève aussi que beaucoup de fondations ont adapté leur stratégie de placements. «L’époque où une fondation pouvait se contenter d’investir principalement dans des obligations d’Etat est définitivement révolue», estime-t-il. 

1 à 3% de rendements pour les actions

Les fondations membres de Swissfoundations, l’association des fondations donatrices suisses, ont redistribué 466 millions de francs à des œuvres d’entraide en 2015, contre 373 millions en 2014. Selon sa directrice, Beate Eckardt, l’année qui vient de se terminer a été exigeante. «Les fondations sont tout aussi dépendantes de l’évolution des marchés financiers que les autres investisseurs. Cela d’autant plus que la plupart des fondations doivent placer leur argent de manière plutôt conservatrice», rappelle-t-elle. «En plaçant l’argent prudemment, les rendements sont très modestes dans un environnement de taux bas», ajoute-t-elle.

Questionnées par Swissfoundations, 25 fondations membres ont indiqué avoir réalisé un rendement compris entre 1 et 3% sur leurs placements en actions. Même si la part en actions atteint la moitié du capital investi, cela ne permet pas de compenser entièrement la baisse des rendements des obligations. De plus, il est difficile pour les fondations de modifier rapidement leur allocation d’actifs, pour investir davantage dans l’immobilier par exemple. 

Les petites structures remises en question

Si les faibles taux d’intérêt affectent toutes les fondations, les plus petites d’entre elles sont davantage concernées, car ces dernières sont moins diversifiées que les grandes. Cela concerne toutefois le plus grand nombre de ces institutions, car 80% des fondations en Suisse ont une fortune inférieure à 3 millions. «Avec des taux d’intérêt inférieurs à 1%, il ne reste, après déduction des coûts, plus grand-chose à distribuer», observe Georg von Schnurbein. L’alternative étant de transformer les institutions de petite taille en des fondations qui redistribuent leur capital, plutôt que les seuls revenus de la fortune, ce qui entraîne à terme une liquidation de ces fondations.

L’an dernier, quelque 160 fondations d’utilité publique ont ainsi été liquidées. Beate Eckardt évoque aussi la question de l’avenir des plus petites fondations. Elle observe que beaucoup de fondations nouvellement créées ne prescrivent plus dans leurs statuts que seuls les revenus de la fortune peuvent être utilisés. «Le conseil de fondation garde ainsi l’option de pouvoir liquider l’institution plus tard», observe-t-elle. 

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