Gestion de fortune

Les performances, ce secret bancaire

Les banques révèlent rarement les rendements dans la gestion de fortune. Quelques nouveaux indices permettent de comparer les performances. Pour un portefeuille avec un risque faible, elles ont atteint 1,39%. Avec un risque moyen, elles étaient négatives (-1,54%). Les plus risqués ont obtenu 2,15%

Il y a plusieurs sujets sur lesquels les banques préfèrent ne pas s’attarder. Les performances générées dans les portefeuilles des clients représentent l’un de ces thèmes un peu tabou. «Les banques sont peu enclines à mettre ces informations en avant. Parfois parce que les résultats sont médiocres. Mais aussi parce que, pour que les bases soient comparables, cela nécessite de communiquer également des informations détaillées sur l’allocation et les stratégies de placements, ce que la banque privée, au contraire de la banque de détail, ne souhaite en général pas faire», explique Emmanuel Genequand, associé chez PricewaterhouseCooper (PwC).

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Surtout, pendant longtemps, ce n’était même pas un sujet. «Les clients non fiscalisés ne posaient pas vraiment la question. Ils bénéficiaient d’avantages fiscaux et étaient peu regardants sur le reste», poursuit ce spécialiste de la place financière genevoise. La même logique était à l’œuvre du côté zurichois: «Pendant des décennies, les enquêtes de satisfaction montraient que les clients attachaient de l’importance en priorité à la confidentialité ou à la confiance, mais ne mentionnaient la performance qu’en sixième ou septième place», explique Patrick Müller, directeur général de ZWEI Wealth Experts, qui se décrit comme un centre de compétence pour le private banking.

Nouvel intérêt

Mais la situation change. «Les clients fiscalisés s’intéressent aux rendements, ils veulent comparer», reprend Emmanuel Genequand. Et, ajoute Patrick Müller, ils s’y intéressent «d’autant plus que les rendements sont plus difficiles à obtenir. Avant la crise financière de 2008, il était considéré comme normal de compter sur une performance de 3 à 5% au moins. Aujourd’hui, c’est beaucoup plus difficile.» Taux d’intérêt négatifs, marchés instables, le défi n’est plus le même pour les spécialistes de l’investissement.

A cela s’ajoute un troisième facteur, explique encore le spécialiste basé à Zurich: la concurrence, toujours plus vive. «Les banques doivent à la fois se mesurer à des rivales à l’intérieur de leur pays, mais aussi à l’étranger, qui sont souvent plus enclines à donner ces informations. Elles doivent se montrer plus transparentes.» Or, si elles rechignent «encore» à le faire, ce n’est pas forcément parce qu’elles ne sont pas assez fières de leurs résultats, mais parce que de ces informations découle une autre question cruciale: quel est le niveau des frais? «Les clients veulent voir le tableau complet, savoir quelle a été la performance déduite des coûts, qui ne sont pas toujours faciles à voir», poursuit Patrick Müller.

Nouvelle plateforme

Parmi la dizaine de banques contactées pour cet article, aucune n’a cependant donné d’informations sur la performance des portefeuilles des clients. Elles ont parfois décliné, ou parfois affirmé manquer de temps ou craint d’être comparées sur des bases différentes ou par rapport à des chiffres enjolivés des concurrents. Quand elles ont répondu.

Cela n’empêche pas qu’il existe de nouveaux moyens de connaître et comparer les performances, auxquels un nombre croissant de banques participe aussi. C’est le cas dans le monde, mais aussi en Suisse, avec la plateforme développée par la société vaudoise IBO. Elle permet à un client privé de partager anonymement les données de son portefeuille pour les comparer avec la communauté, en fonction de son profil de risque et de sa monnaie de référence. Un système qui a suscité suffisamment d’intérêt pour qu’IBO dépasse mi-décembre la barre des 10 milliards de francs d’actifs figurant dans près de 5000 portefeuilles de 32 banques différentes passés au crible (lire ci-dessous).

Transparence et motivation

«Les mentalités changent lentement, mais les banques sont de plus en plus conscientes du besoin et de l’intérêt de pouvoir comparer les performances», explique Marc Lussy, associé chez IBO. En premier lieu pour elles-mêmes, de façon à pouvoir se mesurer à leurs concurrentes. «Nous avons passé beaucoup de temps à expliquer et convaincre de l’intérêt des comparaisons, notamment pour la motivation qu’elles peuvent créer et pour pouvoir travailler ensemble pour une meilleure transparence», poursuit-il.

Pour les experts, ces évolutions sont positives: «On est encore loin de pouvoir comparer facilement, sur des bases identiques, les performances réalisées pour chaque portefeuille, mais cela va dans le bon sens et on pourra imaginer que les établissements donnent des moyennes pour des mandats standards, soutient Emmanuel Genequand. Il est normal qu’une banque vise la transparence.»


Les performances dans le détail

Si aucune des banques n’a voulu donner de chiffres, plusieurs indices permettent cependant d’avoir une idée des rendements moyens obtenus en 2016 par l’industrie, pour des portefeuilles en francs et nets de frais.

Selon IBO, pour la gestion en franc, le résultat est en demi-teinte. Si un portefeuille comportait un risque faible, la progression sur l’ensemble de l’année a été de 1,39%. Avec un risque moyen, elle était même en dessous de zéro (-1,54%), tandis qu’il a fallu choisir de prendre un maximum de risque pour atteindre 2,15%. Marc Lussy préfère ne pas donner de jugement sur les performances, d’autant qu’il est plus important, à son avis, de s’assurer de leur continuité. Il note que certaines banques cantonales ont tiré leur épingle du jeu l’an dernier.

3,66% pour les meilleurs

Les résultats obtenus par ZWEI Wealth Experts sont un peu meilleurs. Mais, la société de conseils calcule, elle, le résultat médian, et pas la moyenne des 120 banques ou société de gestion participante. Elle obtient 0,05% pour un portefeuille dit «conservateur», 0,97% pour un portefeuille «équilibré» et -0,04% pour un portefeuille «agressif». Reste que les résultats peuvent varier nettement en fonction du gérant. Selon l’enquête, ceux qui font partie des 25% les meilleurs ont généré des performances médianes de 2,11% (conservateur), 3,66% (équilibré) et 2,04% (agressif), tandis que ceux qui font partie des 25% les moins bons ont enregistré -2,23%, -0,8% et -1,69%.

Sur la même période, les actions suisses du SMI ont perdu près de 7%, tandis que les actions monde ont gagné 10,54%.

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