Automobile

Les constructeurs automobiles donnent des gages à Donald Trump

Alors que le Salon de Detroit a ouvert lundi et que le président élu a multiplié les attaques ces derniers jours, Fiat-Chrysler a annoncé le rapatriement aux Etats-Unis d’une production de pick-up fabriqués au Mexique

Par un froid vif (13 °C au-dessous de zéro) et dans une ambiance paradoxale, le centre des congrès de Detroit se préparait fébrilement, dimanche 8 janvier, à accueillir la grand-messe annuelle de l’automobile américaine, le North American International Auto Show (NAIAS), qui se tient du lundi 9 au lundi 22 janvier. Jusqu’ici, tout va bien. La phrase résume le sentiment général d’un secteur qui pèse au total 7 millions d’emplois aux Etats-Unis. Le monde américain de la voiture débute 2017 auréolé de résultats records mais préoccupé par la période qui s’ouvre.

Avec 17,55 millions de véhicules légers vendus aux Etats-Unis en 2016, le marché automobile américain a de nouveau battu un record. Jamais on n’avait écoulé autant de voitures outre-Atlantique, alors même que 2015 constituait déjà un cru exceptionnel (17,48 millions de ventes).

Cette performance s’inscrit sur la durée. «Depuis cinq six ans, l’automobile américaine est dans une spirale magnifique avec des taux d’intérêt bas et une énergie peu chère», constate Guillaume Crunelle, associé, responsable industrie automobile chez Deloitte. «Le déficit de ventes liées à la crise de 2008-2009 a suscité lors de la reprise un fort besoin de renouvellement du parc, renchérit Bertrand Rakoto, analyste pour l’industrie automobile. Et le contexte de croissance économique dynamique a renforcé cet effet.»

Non seulement, le marché a augmenté de 60% depuis la crise mais – événement inédit – les marges des industriels se sont accrues fortement en parallèle.

Pas assez patriotes, selon Donald Trump

L’année 2017 sera-t-elle à la hauteur de celles qui l’ont précédé? La hausse a été modeste en 2016 (+0,4%), et à partir de septembre les ventes ont nettement marqué le pas, amenant les constructeurs à multiplier les rabais au dernier trimestre.

«On est probablement arrivé sur un plateau, mais il n’y aura pas de forte décrue cette année», indique Bertrand Rakoto. La remontée des taux d’intérêt et du prix du pétrole sont aussi dans les esprits. Sans alarmer outre mesure. «Je n’arrive pas à être inquiet», confie Jacques Aschenbroich, PDG de Valeo, l’équipementier français présent chez tous les constructeurs clés du marché américain.

Par un pur hasard, la fin du salon de Detroit coïncidera avec la prestation de serment de Donald Trump comme 45e président des Etats-Unis, le 20 janvier. D’ici là, le futur leader du pays aura l’occasion de constater l’effet de ses déclarations sur les patrons de l’automobile. En effet le NAIAS sera une tribune toute trouvée pour répondre aux attaques de Donald Trump contre les fabricants de voiture pas assez patriotes à son goût.

La veille de l’ouverture du salon, Fiat-Chrysler n’a-t-il pas annoncé la création de 2000 emplois aux Etats-Unis, le rapatriement de la production d’un gros pick-up et l’investissement de 1 milliard de dollars (949 millions d’euros) d’ici à 2020 dans deux de ses usines dans le Michigan et l’Ohio (Nord-Est)? «Le groupe apporte une démonstration supplémentaire de son engagement à renforcer sa base manufacturière aux Etats-Unis», assure Fiat-Chrysler, dans un communiqué, prenant bien soin d’ajouter qu’il a créé 25 000 emplois dans le pays depuis 2009. Le message semble indirectement destiné à Donald Trump, qui s’en est donné à cœur joie sur Twitter, pour critiquer les constructeurs automobiles.

«Nous sommes pragmatiques»

Le 3 janvier, dans un Tweet rageur, il avait menacé de taxer lourdement les véhicules de General Motors (GM) fabriqués au Mexique. Rebelote deux jours plus tard. Cette fois c’est la production mexicaine de Toyota qui a été visée. Au même moment, Ford annonçait l’annulation d’un projet de construction d’une usine d’assemblage au Mexique, un investissement qui était estimé à 1,6 milliard de dollars (1,54 milliard d’euros).

L’éventuelle mise en place de ces «lourdes taxes frontalières» sur les véhicules produits au Mexique est un sujet majeur pour les constructeurs. Tous ont investi massivement au-delà du Rio Grande, faisant du Mexique un des premiers producteurs mondiaux de voitures. Les patrons font preuve du coup de prudence pour répondre à M. Trump. Habilement, Toyota a rappelé son engagement de longue date aux Etats-Unis. Mark Fields, le patron de Ford, a indiqué que sa décision de rapatriement de l’usine était «un vote de confiance» envers la future politique économique américaine.

Carlos Ghosn, PDG de Nissan, a lui aussi tenu un discours rassurant le 6 janvier: «Nous sommes pragmatiques, nous nous adapterons à n’importe quelle situation, à la condition que ce soit la même règle pour tous.» Nissan risque gros dans l’affaire. La société n’a pas été citée par Donald Trump mais un quart de ses véhicules vendus aux Etats-Unis sont produits au Mexique en étroite collaboration avec Renault.

Préoccupation donc mais pas de panique à l’horizon. «Il y a les Tweets d’un côté et la réalité de l’autre, note un participant du salon. C’est une blague de penser que Ford a décidé de l’avenir d’un investissement de 1,5 milliard de dollars, en cinq minutes, à cause d’une éructation en 140 caractères.» Nombreux sont les congressistes à faire remarquer que Mary Barra, la patronne de GM, fait partie du cercle des conseillers économiques du président. La présidence réelle pourrait différer sensiblement de la période transitoire.

Absence de Renault et PSA

Du crossover et du pick-up… Telle pourrait être la devise du salon de Detroit tellement les 4×4 urbains et ces imposantes camionnettes à plateforme, typiques des routes américaines, tiennent la vedette parmi les 40 nouveaux modèles révélés ici. Comme partout dans le monde, les cross-overs (ou SUV) se vendent aux Etats-Unis comme des petits pains. Dans cette catégorie, l’un des moments forts du salon est la révélation d’une version allongée du Tiguan de Volkswagen, un véhicule avec lequel la marque allemande compte rattraper un retard aux Etats-Unis devenu immense depuis l’affaire du dieselgate.

Côté pick-up, les nouveautés pourraient venir des motorisations qui doivent s’adapter aux normes plus sévères de consommation, sachant que la plupart de ces véhicules pèsent plus de 2 tonnes. Et puis Ford proposera un redesign de son best-seller absolu le pick-up F150 (près de 800 000 ventes en 2015), le modèle le plus vendu aux Etats-Unis, toutes catégories confondues.

Enfin, deux constructeurs de taille mondiale brillent par leur absence au salon de Detroit: PSA et Renault. Les seules marques françaises ayant un stand au NAIAS sont celles des équipementiers Valeo et Faurecia, qui ont d’importants contrats aux Etats-Unis. Renault est quand même présent par procuration par l’intermédiaire de son allié Nissan. PSA a, quant à lui, inscrit le retour en Amérique du Nord dans son plan stratégique, mais à un horizon de dix ans.

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